Il y a cinquante ans, des millions de Français choisissaient le camping comme mode de vacances, une aventure rustique qui contrastait fortement avec les séjours modernes. À l’époque, planter une tente canadienne dans un champ, sans réservation ni commodités, était la norme. Aujourd’hui, ce même lieu accueille des hébergements haut de gamme, témoignant de l’évolution radicale du secteur.
EN BREF
- Le camping des années 70 offrait une expérience rudimentaire et conviviale.
- En 2026, le secteur est dominé par des hébergements locatifs et des services haut de gamme.
- Le profil des campeurs a évolué vers une clientèle plus aisée, transformant le camping en produit premium.
Dans les années 70, le camping était le premier choix de vacances pour les Français. En 1975, le pays comptait plus de 6 000 terrains de camping, la majorité avec une ou deux étoiles. Le confort était sommaire, se limitant à des installations collectives rudimentaires. La tente canadienne, lourde et peu étanche, était l’équipement de prédilection, tandis que les familles s’organisaient avec un équipement minimal : un réchaud à gaz, une glacière et quelques matelas pneumatiques.
Les douches étaient souvent inexistantes ou peu fiables, et les toilettes, parfois de simples cabines en bois. Les repas se prenaient autour de tables pliantes, où l’on partageait conserves et produits du marché. À l’époque, passer une nuit coûtait entre 5 et 10 francs, soit environ 4 à 8 euros aujourd’hui. C’était un luxe abordable pour de nombreuses familles, avec un Français sur cinq partant en camping en 1980.
Depuis, le monde du camping a radicalement changé. En 2026, le secteur génère un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros, la France restant le deuxième pays avec le plus grand nombre de campings au monde. Cependant, le terme « camping » devient trompeur. En effet, 46 % des nuitées se font désormais dans des mobil-homes, chalets ou lodges de luxe, loin de l’expérience sous toile initiale.
Les établissements de camping quatre et cinq étoiles ont vu leur nombre exploser, représentant près de 30 % du parc total. Ces campings modernes rivalisent avec l’hôtellerie traditionnelle, proposant piscines, spas, et restaurants gastronomiques. Le « glamping », une tendance qui allie glamour et camping, offre des hébergements atypiques tels que des yourtes ou des bulles transparentes pour dormir sous les étoiles, avec des prix variant entre 150 et 400 euros la nuit.
La montée en gamme s’est également accompagnée d’une augmentation des attentes des clients. Le wifi haut débit, par exemple, est devenu un critère de classement, et des services tels que la livraison de croissants au mobil-home sont désormais populaires. Parallèlement, le camping sauvage, autrefois courant, est désormais presque totalement interdit sur le littoral.
Le coût d’une semaine en mobil-home quatre étoiles en juillet peut dépasser 1 500 euros, tandis qu’une semaine sous tente dans les années 70 coûtait autour de 50 euros tout compris. Cette évolution est le résultat de plusieurs facteurs, notamment l’arrivée de grands groupes hôteliers qui ont massivement acquis des campings familiaux, les transformant en « resorts de plein air ». Ce changement a entraîné la disparition de nombreux campings indépendants.
Dans cette transformation, le mobil-home, apparu dans les années 80, a été un véritable moteur. Ce format standardisé a simplifié la réservation et a permis de le comparer à d’autres types d’hébergements. La révolution numérique a également joué un rôle clé, rendant l’accès aux campings aussi facile que celui des hôtels.
Les normes sanitaires et environnementales, renforcées depuis les années 2000, ont obligé de nombreux petits campings à investir ou à fermer, éliminant ainsi ceux qui ne pouvaient plus répondre aux exigences. Le profil des campeurs a également changé ; aujourd’hui, la majorité des clients des campings quatre et cinq étoiles appartiennent aux classes sociales supérieures, éloignant le camping de son image initiale de vacances accessibles.
Malgré cette évolution, la tente n’a pas totalement disparu et représente encore 25 % des nuitées. Cependant, les tentes de 2026 sont bien différentes de celles des années 70 : légères, autoportantes et équipées de confort moderne. Les activités pour enfants se sont également modernisées, remplaçant les jeux traditionnels par des trampolines et des spectacles professionnels.
Dans les décennies à venir, il sera intéressant de voir comment cette évolution se poursuivra. Les vacanciers de 2056 regarderont probablement nos mobil-homes avec une certaine nostalgie, tout comme nous le faisons aujourd’hui pour les tentes canadiennes. Cette histoire du camping français illustre un changement significatif dans le niveau de vie et les attentes en matière de confort au fil des générations. Reste à se demander si, au milieu de ce luxe, nous n’avons pas perdu une part de l’insouciance qui caractérisait autrefois les vacances sous toile.