Chaque été, la scène se répète : autour d’une table de jardin ou sur une terrasse, certaines personnes finissent la soirée couvertes de boutons, tandis que d’autres semblent épargnées. Cette distinction, longtemps attribuée au hasard ou à des attributs tels qu’une peau « plus sucrée », se révèle plus complexe. En réalité, les moustiques ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Des études scientifiques ont mis en lumière un ensemble de signaux qui rendent certaines personnes plus visibles aux yeux de ces insectes.
EN BREF
- Les moustiques préfèrent certaines personnes en raison de signaux chimiques.
- Le groupe sanguin n’est qu’un facteur parmi d’autres, moins déterminant.
- La chaleur corporelle, la sueur et le dioxyde de carbone jouent un rôle crucial.
Le groupe sanguin reste l’une des explications les plus populaires, mais des recherches montrent qu’il est difficile à confirmer. Une étude de 2019 a observé une préférence des moustiques Aedes aegypti pour le groupe sanguin O, mais d’autres travaux n’ont pas reproduit ces résultats. Ainsi, bien que le groupe sanguin puisse influencer l’attractivité, il ne suffit pas à expliquer pourquoi certaines personnes sont plus souvent piquées.
Le premier véritable indicateur semble être l’odeur corporelle. Seules les femelles moustiques piquent les humains, car elles ont besoin des protéines du sang pour produire leurs œufs. Avant d’atterrir sur la peau, elles suivent une piste chimique. Une étude de 2011 a révélé que la composition du microbiote cutané affecte l’attractivité des humains pour le moustique Anopheles gambiae. Plus récemment, en 2022, des chercheurs ont établi un lien entre une forte production d’acides carboxyliques à la surface de la peau et l’attractivité accrue pour ces insectes.
Cette signature olfactive dépend de la sueur, des bactéries présentes sur la peau et de composés tels que l’acide lactique, l’ammoniaque ou l’acide urique. Ce que l’on applique sur la peau peut également influencer ce phénomène. Par exemple, certains parfums ou soins hydratants peuvent atténuer ou renforcer les signaux qui attirent les moustiques.
À cette carte d’identité odorante s’ajoute un autre indice puissant : le dioxyde de carbone. Les moustiques détectent le CO₂ que nous expirons et l’utilisent pour localiser une présence humaine à distance. Plus la respiration s’accélère, plus le signal devient net. Cela explique pourquoi vous pouvez être davantage piqué après un effort physique, comme en marchant rapidement ou en dansant. La chaleur corporelle agit également comme un attractif : une peau chaude et humide attire davantage les moustiques.
Un exemple frappant de ce mécanisme est celui des femmes enceintes. Une étude rapportée en 2000 indiquait que les moustiques porteurs du paludisme étaient environ deux fois plus attirés par ces femmes. L’alcool a un effet semblable, non pas en rendant le sang plus « savoureux », mais en modifiant certains signaux physiologiques. Selon l’Agence nationale de Sécurité sanitaire (Anses), les moustiques sont sensibles à de nombreux signaux, tels que l’odeur des bactéries présentes à la surface de la peau. Lorsque la température corporelle augmente, comme c’est le cas chez les femmes enceintes, les personnes fiévreuses ou celles ayant consommé de l’alcool, la peau devient plus odorante et donc plus attirante pour les moustiques.
Les vêtements que vous portez peuvent également influencer l’attractivité. Une étude de 2022 a révélé que le moustique Aedes aegypti était plus attiré par certaines couleurs telles que le rouge, l’orange, le noir et le cyan, tandis que des teintes comme le vert, le bleu, le violet ou le blanc semblaient moins stimulantes. Les moustiques ne se contentent pas de juger une tenue par son apparence ; ils combinent odeurs, contraste visuel et chaleur pour affiner leur approche.
Enfin, la question de la bière, souvent abordée avec humour, a été étudiée sérieusement. Une recherche de 2010 a montré que la consommation de bière augmentait l’attractivité humaine pour Anopheles gambiae. Les auteurs notent que cette attraction accrue n’est pas liée à une hausse de la température corporelle ni d’une augmentation du CO₂ expiré. Les mécanismes responsables restent flous, mais il est possible que la bière modifie les composés volatils émis par le corps, ce qui accroît l’attractivité pour les moustiques.
En somme, les moustiques ne se laissent pas duper par des clichés. Ils analysent un mélange complexe d’odeurs, de chaleur, de souffle et de signaux visuels pour déterminer leurs cibles. Ainsi, la lutte contre ces insectes devient un véritable défi, surtout pour ceux qui semblent être des aimants à piqûres.