Réouverture des établissements Moretti à Crans-Montana : polémique et émotion persistante

Crans-Montana, petite station suisse, se retrouve au cœur d’une tempête médiatique six mois après le tragique incendie qui a ravagé le bar Le Constellation lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Ce drame a coûté la vie à 41 personnes et blessé 115 autres, laissant des cicatrices profondes dans la mémoire collective de la région. Au centre de cette tragédie, le couple Jacques et Jessica Moretti, dont le nom est désormais synonyme de colère et d’interrogations.

EN BREF

  • Les Moretti envisagent de rouvrir deux établissements, provoquant une forte opposition.
  • Une pétition recueille près de 27 000 signatures contre cette réouverture.
  • Le couple est sous enquête pour homicide involontaire, mais aucune interdiction professionnelle n’est en vigueur.

Alors que l’instruction judiciaire se poursuit, la décision des Moretti de relancer leurs activités a suscité un tollé. Les familles des victimes, en quête de vérité et de justice, s’organisent pour s’opposer à ce projet. La question de la moralité d’une telle initiative se pose, d’autant plus que la mémoire des disparus est encore vive dans l’esprit des proches.

Peu après l’annonce de la réouverture des établissements Le Vieux Chalet à Lens et Le Senso à Crans-Montana, une pétition nommée « Pas de retour aux affaires tant que la justice n’a pas répondu » a fait son apparition. Ce document a rapidement gagné en popularité, amassant près de 27 000 signatures. Ce chiffre témoigne de l’indignation générale face à ce que certains perçoivent comme une indécence. Les initiateurs de cette pétition, proches des victimes, affirment : « Nous ne demandons pas à la justice de condamner qui que ce soit avant son jugement. La présomption d’innocence est un principe que nous respectons. Mais la décence aussi est un principe. »

La pétition est également un reflet de l’angoisse des familles, qui ressentent une difficulté immense à faire leur deuil tant que le dossier judiciaire n’est pas clos. La possibilité d’une réouverture des établissements, même sous la gestion d’un tiers, soulève des questions éthiques profondes. Alors que le couple Moretti demeure propriétaire, la simple idée de voir ces lieux de convivialité reprendre vie semble insupportable pour de nombreuses victimes.

Sur le plan judiciaire, la situation des Moretti est complexe. Bien que le couple soit mis en cause pour homicide involontaire par négligence, ils ne sont pas formellement interdits d’exercer. Les avocats des parties civiles rappellent que la loi suisse ne prévoit pas de suspension d’activité tant qu’aucun jugement n’a été rendu. Actuellement, les établissements restent sous séquestre dans le cadre de l’enquête. Toutefois, une reprise d’activité pourrait être envisageable si les autorisations administratives sont accordées.

Jacques et Jessica Moretti sont actuellement sous contrôle judiciaire et ne peuvent quitter le pays, après avoir versé une caution de 200 000 francs suisses. L’enquête a connu des développements récents, avec de nouvelles auditions et l’ouverture d’une instruction distincte pour « faux dans les titres ». Un ancien SMS de Jessica Moretti, datant de 2019, soulève également des interrogations sur sa prise de conscience des risques liés à la sécurité incendie.

La question de la réouverture hante les esprits, tant pour les Moretti que pour les proches des victimes. Certains avocats estiment que les revenus issus d’une reprise pourraient contribuer à l’indemnisation des familles, des montants évoqués atteignant plusieurs centaines de millions de francs suisses. Pour les familles, cependant, l’idée de reprendre une vie normale avant que la justice n’ait fait son œuvre reste inacceptable.

Ce dossier illustre les tensions entre le besoin de réparation financière, les enjeux juridiques et les considérations humaines. L’affaire Moretti, déjà emblématique, pourrait modifier la façon dont la justice aborde les situations post-catastrophe dans le domaine de l’hôtellerie-restauration en Suisse.