Alors que la France observe une hausse significative des arrêts maladie, le gouvernement a décidé de plafonner la durée maximale des premières prescriptions à un mois, à compter du 1er septembre. Cette mesure vise à limiter les abus tout en réduisant les coûts liés à l’absentéisme, qui s’élevaient à environ 18 milliards d’euros en 2025. Toutefois, cette situation soulève des questions cruciales sur le rôle du management dans la santé au travail.
EN BREF
- Les arrêts maladie en France augmentent, ciblant surtout les jeunes et les cadres.
- Le gouvernement impose des limites sur la durée des arrêts pour contrer les abus.
- Le management est pointé du doigt comme un facteur influent sur la santé au travail.
Un baromètre récent d’Axa révèle que les arrêts de travail, en particulier ceux de longue durée, touchent principalement les jeunes de moins de 30 ans et les cadres. Cette tendance alarmante, où les troubles psychologiques représentent 38 % des arrêts longs, interpelle les spécialistes. L’absence de mesures concernant le management dans les nouvelles réglementations soulève des interrogations quant à son influence sur le bien-être des salariés.
Le rôle du management dans la santé au travail
Historiquement, la santé au travail a été analysée à travers le prisme des pratiques managériales. Claude Veil, médecin du travail, soulignait que l’absentéisme n’est pas seulement le reflet de la santé individuelle, mais aussi un symptôme des dysfonctionnements organisationnels. Les pratiques managériales déterminent souvent les conditions de travail et, par conséquent, la santé physique et mentale des employés.
Les pressions exercées sur le personnel, telles que des cadences impossibles ou des objectifs irréalistes, peuvent nuire à leur bien-être. Pour des professions comme celles d’infirmières, un travail de qualité implique non seulement des conditions matérielles, mais également un lien empathique avec les patients. Lorsque ces éléments sont négligés, le risque de souffrance au travail s’intensifie.
Management vertical et individuel
Le management en France demeure largement vertical, limitant l’autonomie des employés. Bien que le télétravail ait semblé offrir une certaine liberté durant la pandémie, le retour au bureau a souvent été perçu comme une reprise de contrôle par la hiérarchie. Cette dynamique a renforcé un management axé sur la performance chiffrée, générant une culture du contrôle qui fragilise les relations collectives au sein des équipes.
Les indicateurs de performance, qui ont gagné en importance depuis les années 1990, sont désormais omniprésents, même dans le secteur public. Ce « management désincarné », selon la sociologue Marie-Anne Dujarier, évalue les employés à partir de données souvent éloignées de la réalité de leur travail. Cela peut conduire à une individualisation des revendications sociales, comme l’illustre la montée des arrêts maladie.
Les défis de l’intelligence artificielle
À cette problématique s’ajoute l’impact de l’intelligence artificielle sur le management. Le « management algorithmique », qui a émergé avec le capitalisme de plateforme, automatise de nombreuses tâches traditionnellement attribuées aux managers. Cette évolution pose de nouveaux défis pour la santé des travailleurs, qui se retrouvent souvent isolés et soumis à des évaluations constantes par des systèmes d’algorithmes.
Les conséquences de ces pratiques se font sentir dans des secteurs autrefois préservés, comme le journalisme, où des professionnels se mobilisent contre les risques associés à un management technologique. Les témoignages de cadres évoquant un état de « brain fry », ou « cerveau grillé », illustrent les effets délétères d’une utilisation excessive de l’intelligence artificielle au travail.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel d’adopter une approche holistique de la santé au travail. Les arrêts maladie doivent être analysés non seulement comme des coûts, mais comme des indicateurs de dysfonctionnements managériaux et de notre rapport au travail. Ce faisant, il devient impératif de redéfinir les pratiques managériales pour favoriser un environnement de travail sain et durable.