Au Nigeria, la menace djihadiste, incarnée par Boko Haram et d’autres groupes, ne cesse de croître. Depuis son apparition à la fin des années 2000, ce mouvement a élargi son champ d’action, touchant non seulement les chrétiens mais aussi de nombreux musulmans. Le père Edmund Nnadozie, prêtre nigéro-américain, souligne que la situation est devenue complexe, allant bien au-delà d’un simple conflit religieux.
EN BREF
- Boko Haram et l’Iswap terrorisent le Nigeria, touchant toutes les communautés.
- Les enlèvements et l’insécurité impactent sérieusement la vie quotidienne.
- Les prêtres appellent à une prise de conscience et à un leadership efficace.
Le père Nnadozie, qui retourne régulièrement au Nigeria, témoigne des effets dévastateurs de cette insécurité. « Depuis cinq ans, je ne prends plus la route entre les villes. Je suis obligé de prendre l’avion par peur d’être kidnappé », déclare-t-il. Les Nigérians, bien qu’encore capables de se déplacer dans des zones urbaines, évitent les routes à cause du risque constant d’enlèvements, qui sont devenus une véritable « activité économique ». À Noël dernier, des automobilistes ont dû passer jusqu’à trois jours coincés dans des embouteillages, exposés à d’éventuels bandits.
Le père Donatus Mgbeajuo, également prêtre, souligne le délabrement des infrastructures qui aggrave la situation. « Un trajet qui devrait durer quatre ou cinq heures peut maintenant prendre dix ou douze heures à cause des routes mal entretenues ». Cette dégradation des infrastructures complique encore plus la vie quotidienne et expose la population à des dangers supplémentaires.
Les évêques catholiques du Nigeria ont décidé de ne plus céder aux demandes de rançons pour les enlèvements de prêtres et de religieuses, considérant que cela n’encourage que davantage les ravisseurs. « Plus on paie, plus on encourage les ravisseurs à continuer », affirme le père Nnadozie, illustrant ainsi un sentiment de frustration face à l’inaction des autorités.
Les deux prêtres s’accordent à dire que la crise actuelle est le reflet d’un État défaillant. « Le gouvernement a largement abandonné sa population », déclare le père Nnadozie. Selon lui, les interventions des autorités se font souvent trop tard, une fois les attaques déjà réalisées. Le père Mgbeajuo rajoute que le manque de moyens d’enquête et de prévention est alarmant : « Des hommes peuvent entrer dans une église, tuer et repartir sans que personne ne puisse les identifier ». Pour lui, le véritable problème du Nigeria réside dans son leadership.
Cependant, malgré ce tableau sombre, les prêtres gardent espoir. « Nous avons suffisamment de personnes compétentes pour redresser le Nigeria », affirme le père Nnadozie. Il plaide pour des élections transparentes et un véritable engagement des dirigeants. Faute de changement, il craint une aggravation des conditions de vie et un nouvel exode des jeunes Nigérians, attirés par des promesses de meilleures conditions à l’étranger. « Si le Nigeria offrait simplement de la stabilité, du travail et la possibilité de vivre dignement, beaucoup choisiraient de rester ou de rentrer », conclut le père Mgbeajuo, illustrant ainsi l’importance d’un avenir prometteur pour le pays.