Le climat de tension entre les différentes branches de l’administration française s’intensifie. Ce dimanche 9 août, l’Association nationale de police judiciaire (ANPJ) a exprimé de vives critiques à l’encontre de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, en l’accusant de « trahison » et d’« hypocrisie » concernant la gestion des violences sexuelles sur mineurs. Ces accusations font suite à la diffusion d’une note interne, dans laquelle Darmanin dépeint un tableau alarmant des défaillances des forces de police dans ce domaine crucial.
EN BREF
- L’ANPJ accuse Darmanin de trahison sur la gestion des violences sexuelles sur mineurs.
- La note du ministre souligne des enquêtes abandonnées et un manque de moyens.
- Des critiques internes s’élèvent face aux réformes de la police, jugées insuffisantes.
Dans cette note révélée par Le Monde, Gérald Darmanin met en lumière les nombreux problèmes rencontrés par les services d’enquête, notamment des dossiers en attente et un manque d’effectifs et de formation. Le ministre, qui a occupé le poste de ministre de l’Intérieur pendant plus de quatre ans, semble aujourd’hui se retourner contre son propre héritage en matière de lutte contre les violences sexuelles.
La critique s’intensifie suite à l’affaire de Lyhanna, une collégienne de 11 ans retrouvée morte en juin, dont le principal suspect, Jérôme Barella, avait accumulé plusieurs plaintes pour agressions sur mineures sans jamais avoir été inquiété. L’ANPJ a qualifié ces constats de « justifiés », dénonçant une gestion calamiteuse de la part de Darmanin, qui semble ignorer les conséquences de ses décisions passées.
Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, a également exprimé sa révolte sur BFMTV, qualifiant la situation de « cynisme » et de « trahison ». Il a rappelé que les problèmes de procédures pénales n’ont pas été abordés sérieusement durant le mandat de Darmanin à l’Intérieur, malgré les alertes répétées.
Un rapport accablant
Le contenu de la note de Darmanin, datée du 29 juillet, est particulièrement accablant. Il souligne que plus de trois millions de dossiers restent non traités, dont un nombre important concerne les violences sexuelles sur mineurs. L’ANPJ a critiqué cette accumulation, arguant qu’elle témoigne d’un manque de volonté politique et d’efficacité dans la lutte contre ces crimes.
Le ministre de la Justice a tenté de se défendre en affirmant qu’il avait créé plus de 8 000 postes pour les policiers et les gendarmes et qu’il avait mis en place des mesures pour améliorer la protection des mineurs. Dans un message publié sur X, il a insisté sur le fait qu’aucun autre ministre n’avait accordé autant d’attention à cette question pendant son mandat à l’Intérieur.
Des réformes jugées insuffisantes
Les critiques de l’ANPJ ne se limitent pas seulement aux actions de Darmanin en tant que ministre de la Justice. L’association remet également en question la réforme de la police, mise en place en 2024, qui était censée renforcer les capacités d’investigation. Selon l’ANPJ, cette réforme n’a pas apporté les solutions escomptées et a même affaibli les services d’investigation concernés par la délinquance de proximité.
La tension palpable entre les différents acteurs de la sécurité publique en France souligne une crise plus large au sein des institutions. Les accusations portées par l’ANPJ contre Gérald Darmanin illustrent les fractures qui existent non seulement au sein de la police, mais aussi entre les différents niveaux de gouvernement, mettant en lumière l’urgence d’une réforme systémique pour traiter les problèmes de manière efficace.
La situation actuelle pose la question de la responsabilité des dirigeants face aux enjeux de sécurité, notamment en ce qui concerne la protection des plus vulnérables. Les prochaines semaines seront cruciales pour observer comment le gouvernement répondra à ces accusations et ce que cela impliquera pour les politiques en matière de violences sexuelles sur mineurs.