Retarder la démence : trois habitudes de vie essentielles identifiées par une étude

Adopter des habitudes de vie ciblées entre 45 et 65 ans pourrait permettre de différer l’apparition de la démence de plus de dix ans. C’est la conclusion d’une vaste étude épidémiologique réalisée sur plus de 12 000 participants, suivis pendant 26 ans, menée par des chercheurs des universités de Tsinghua et de NYU Langone Health.

EN BREF

  • Trois facteurs de santé vasculaire influent sur la démence : tension artérielle, glycémie, tabagisme.
  • Un écart de 12,6 ans dans l’espérance de vie sans démence selon la présence de ces facteurs.
  • Des recommandations pour surveiller ces facteurs dès la quarantaine pour préserver la santé cognitive.

Cette étude a impliqué des participants ayant un âge moyen de 56 ans au début du suivi, et exclu ceux déjà touchés par des troubles cognitifs. Parmi les 12 409 individus, près de 60 % étaient concernés par au moins un des trois facteurs de risque : hypertension, diabète ou tabagisme. L’objectif des chercheurs était de déterminer combien d’années, en moyenne, une personne peut espérer vivre sans démence, en fonction de la présence de ces risques vasculaires durant la quarantaine ou la cinquantaine.

Les résultats révèlent des disparités significatives. Une personne sans ces trois facteurs à 55 ans bénéficie en moyenne de 30,1 années sans démence. En revanche, ceux présentant cumulativement l’hypertension, le diabète et le tabagisme voient ce chiffre chuter à 17,5 années. Cela représente un écart de 12,6 ans, soulignant l’impact crucial de la santé vasculaire sur la longévité et la qualité de vie cognitive.

Les résultats de l’étude indiquent également que l’hypertension, le diabète et le tabagisme influencent non seulement la longévité, mais aussi la qualité du vieillissement cérébral. Le risque global de développer une démence est estimé à 42 % pour les individus exempts de ces facteurs, contre 23 % pour ceux qui les cumulent. Ainsi, vivre plus longtemps et en meilleure santé vasculaire expose à un risque accru de démence, mais permet aussi de conserver une meilleure santé cognitive sur une plus longue période.

Des variations démographiques sont également à noter. Les femmes ayant ces trois facteurs peuvent espérer en moyenne 18,1 années sans démence, alors que ce chiffre est de 16,6 années pour les hommes. De même, les participants blancs vivent en moyenne 19,6 années sans ce trouble, comparativement à 16,0 ans pour les participants noirs.

Il est important de souligner que l’étude s’est basée uniquement sur des mesures effectuées au début du suivi. Tout changement ultérieur, comme l’arrêt du tabac ou le traitement de l’hypertension, n’a pas été pris en compte dans les résultats finaux. Bien que ce travail soit purement observationnel et ne prouve pas que des modifications actives de ces facteurs garantissent des années supplémentaires sans démence, les analyses ajustées selon l’âge, le sexe, l’activité physique et la présence du gène APOE4 renforcent l’idée d’intervenir précocement sur ces variables modifiables.

Surveiller sa tension artérielle, équilibrer sa glycémie et bénéficier d’un accompagnement à l’arrêt du tabac sont des stratégies de prévention efficaces pour retarder l’apparition de la démence. Ces données suggèrent qu’il est essentiel de commencer cette surveillance dès la quarantaine, et d’éviter le tabagisme. Contrôler ces facteurs pourrait non seulement retarder le déclin cognitif, mais également améliorer la qualité de vie des individus.

Chaque année, environ 10 millions de nouveaux cas de démence sont recensés dans le monde. Parmi les questions que soulève cette étude, on peut se demander quel serait l’impact d’un changement de mode de vie à 50 ans ou les bénéfices d’un sevrage tabagique même après une longue période de consommation. À ce jour, aucune recherche clinique n’a encore répondu à ces interrogations, mais la prévention vasculaire au milieu de la vie pourrait offrir une voie prometteuse pour réduire la prévalence de la démence au niveau collectif.

En modifiant ses habitudes dès la quarantaine, il devient envisageable de « gagner » non seulement en années de vie, mais également en préservant ses capacités cognitives sur une plus longue période.