À la suite des incendies dévastateurs qui ont touché la France cet été, le débat sur la chasse dans les zones sinistrées s’intensifie. L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), accompagnée de quatre autres associations, a adressé une lettre au ministère de la Transition écologique le 4 août. Elles réclament une interdiction temporaire de la chasse dans les 44 départements affectés. Cette demande est soutenue par une pétition citoyenne, intitulée « Pas de fusils sur les cendres », qui a recueilli plus de 447 000 signatures sur Change.org.
EN BREF
- Des associations demandent l’interdiction temporaire de la chasse dans 44 départements touchés par les incendies.
- Emmanuel de Villiers propose un accord temporaire entre chasseurs et associations.
- Des avis divergents émergent sur la confiance à accorder aux chasseurs après les sinistres.
Les associations s’appuient sur l’article R424-3 du Code de l’environnement, qui permet aux préfets d’interdire la chasse en cas de calamité, telle que des incendies ou des inondations, pour protéger le gibier. Ce texte stipule que l’interdiction peut s’appliquer pour une période de dix jours, renouvelable selon la situation.
Du côté des chasseurs, l’inquiétude grandit à l’approche de la saison de chasse. Ils soulignent que des dispositifs comme ChassAdapt, qui impose des quotas et la déclaration des prises, sont en place pour protéger les espèces en danger. Ils demandent ainsi à être confiés durant cette période délicate.
Face à cette situation, Emmanuel de Villiers, entrepreneur et intervenant sur le plateau des Grandes Gueules, appelle à rechercher un modus vivendi entre les chasseurs et les associations. « On ne peut sans doute pas laisser les choses en l’état avec une reprise de la chasse comme si les incendies n’avaient pas eu lieu », souligne-t-il. Il prône l’idée que les chasseurs « devraient faire un pas vers ces demandes moratoires, temporaires », en s’engageant à protéger les zones où les animaux se sont réfugiés.
La question de la chasse dans ces zones devient alors un sujet de discorde. Laura Warton Martinez, sophrologue, exprime ses préoccupations, notant que les chasseurs ne sont pas tous égaux. « On a toujours eu le bon chasseur et le mauvais chasseur », dit-elle. Elle insiste sur le fait que certains chasseurs, appelés « mauvais chasseurs », abusent de leur rôle, tandis que les associations de chasseurs respectueuses devraient être écoutées. Selon elle, deux options se présentent : interdire la chasse pour tous ou accorder confiance aux chasseurs, tout en imposant des sanctions sévères pour ceux qui ne respecteraient pas les règles.
Une opinion similaire est partagée par Zohra Bitan, cadre dans la fonction publique, qui plaide pour un dialogue entre chasseurs responsables afin de prendre des décisions temporaires adaptées à la situation actuelle. « À situation exceptionnelle, décisions temporaires exceptionnelles », justifie-t-elle.
Néanmoins, l’avis de certains chasseurs, comme Christophe des Pyrénées-Atlantiques, s’oppose fermement à ces demandes. Il considère qu’il y a une « méconnaissance complète de la nature » de la part des associations. Bien qu’il reconnaisse qu’il existe un risque d’abus, il estime que la responsabilité incombe aux autorités de veiller au respect des réglementations.
Dans ce contexte, l’Aspas continue de faire pression sur les préfets pour qu’ils suspendent la chasse d’été dans les zones touchées par les incendies, en proposant l’instauration de larges zones tampons. L’association appelle également à reporter l’ouverture générale de la chasse, prévue pour septembre, tant que la situation climatique reste préoccupante.
Ce débat met en lumière les tensions persistantes entre la protection de la faune et les pratiques de chasse, soulignant l’importance d’un dialogue constructif entre toutes les parties prenantes pour trouver des solutions équilibrées.