Le 19 août, les familles de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, deux réalisateurs français, ont exprimé leur profonde inquiétude concernant leur état de santé, alors qu’ils sont détenus au Togo depuis le 27 juillet. Ces derniers, accompagnés d’un collaborateur local, Fred Vedomey, ont été arrêtés alors qu’ils tournaient un épisode de l’émission Les Routes de l’impossible, diffusée sur France Télévisions.
EN BREF
- Deux réalisateurs français arrêtés au Togo depuis fin juillet.
- Leur état de santé suscite des craintes, selon leurs familles.
- RSF demande leur libération immédiate et dénonce la détention.
Initialement assignés à résidence, ils ont été placés en détention provisoire et inculpés pour « fausses déclarations » le 17 août, selon un communiqué de Reporters sans frontières (RSF). Actuellement, ils sont retenus au camp d’Agoè Logopé, près de Lomé, une structure des forces de l’ordre. Le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin, a qualifié cette procédure d’« injustifiée et disproportionnée », appelant à leur libération immédiate.
Les familles, dans une déclaration, ont exprimé leur désespoir face à la situation de leurs proches. Elles ont souligné que Sebastian souffre de graves problèmes de santé nécessitant une prise en charge immédiate. De plus, l’un des réalisateurs est père d’un enfant de seulement 13 ans, ce qui intensifie l’inquiétude de leurs proches.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré suivre ce dossier avec attention et est en contact avec les autorités togolaises pour faciliter leur libération. Les familles des réalisateurs ont également été reçues au Quai d’Orsay afin d’obtenir du soutien.
Patrice Lucchini, directeur général de Tony Comiti Productions, a précisé que l’arrestation a eu lieu près de Kara, suite à un dépassement involontaire d’une zone déconseillée. Il a affirmé que les réalisateurs avaient obtenu une autorisation de tournage auprès du ministère de la Culture, ce qui laisse penser que leur détention pourrait être liée à d’autres considérations.
La Haute autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) togolaise a déclaré ne pas avoir été informée de l’arrivée des deux réalisateurs, ni de leurs activités sur le terrain. Cette autorité a insisté sur le fait que la justice doit déterminer les circonstances de leur présence et la nature de leurs activités.
Le Togo, petit pays de la côte ouest-africaine, est dirigé depuis 2005 par Faure Gnassingbé, successeur de son père Eyadéma, qui est resté au pouvoir pendant 38 ans. Le pays se classe 97e sur 180 dans le classement annuel de la liberté de la presse établi par RSF. Ces dernières années, les relations entre la France et le Togo se sont détériorées, le gouvernement de Lomé ayant renforcé ses liens avec la Russie. Des médias français, tels que RFI et France 24, ont été suspendus de diffusion pour avoir relayé des informations jugées critiques envers le pouvoir.
La situation des réalisateurs français soulève des questions quant à la nature politique de leur arrestation. Tony Comiti a souligné que leur projet n’était pas un reportage politique mais un documentaire d’aventure. Cette situation est d’autant plus préoccupante dans un contexte où les autorités togolaises semblent vouloir restreindre la liberté d’expression.
Enfin, l’arrestation des deux Français a été révélée par le média indépendant togolais L’Alternative, dont le fondateur, Ferdinand Ayité, est en exil en France. Il poursuit sa critique du régime en place et avance que l’arrestation pourrait être liée à des considérations politiques, notamment l’éventualité d’une extradition contre la libération des réalisateurs.