Reconnaissance historique : le cancer du sein d’une hôtesse de l’air comme maladie professionnelle

Dans une décision sans précédent en France, le cancer du sein d’une ancienne hôtesse de l’air a été reconnu comme une maladie professionnelle. Cette annonce, faite le 25 août, fait suite à un jugement du tribunal judiciaire de Bayonne, qui date de juillet dernier. L’impact de cette décision pourrait transformer le paysage des droits des travailleurs dans le secteur aérien.

EN BREF

  • Une hôtesse de l’air, Sophie Lainault, voit son cancer du sein reconnu comme maladie professionnelle.
  • Cette décision pose un précédent juridique pour d’autres cas similaires dans le secteur aérien.
  • Air France souligne son engagement envers la santé et la sécurité de ses employés, sans intervenir dans la procédure.

Âgée de 59 ans et actuellement en rémission, Sophie Lainault a travaillé pendant 30 ans chez Air France, où elle a occupé le poste d’hôtesse de l’air puis de chef de cabine. Son parcours professionnel, s’étalant de 1989 à 2019, lui a permis de cumuler plus de 12.600 heures de vol, dont 6.500 de nuit. C’est ce contexte de travail, caractérisé par des conditions spécifiques telles que l’exposition aux rayonnements cosmiques et le tabagisme passif dans les avions, qui a conduit à la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle.

La décision du tribunal de Bayonne est perçue comme une victoire non seulement pour Sophie Lainault, mais aussi pour d’autres travailleurs du secteur aérien. En effet, le cancer du sein n’étant pas encore inclus dans les tableaux des maladies professionnelles, cette décision pourrait faire jurisprudence. Son avocate exprime l’espoir que cela serve de modèle pour d’autres procédures similaires à l’avenir.

Après deux ans et demi de combat judiciaire, Sophie Lainault se réjouit de pouvoir prendre sa retraite de manière anticipée. Elle a été soutenue tout au long de sa lutte par des militants de la CFDT, qui voient dans cette victoire un pas en avant pour la reconnaissance de la santé des travailleurs dans le secteur aérien. Selon le collectif, entre 30 et 40 demandes sont actuellement en cours de traitement pour des aides-soignantes et infirmières, cherchant également à établir des liens entre leur travail et des maladies professionnelles.

En réponse à cette décision, la compagnie Air France a déclaré qu’elle n’était pas impliquée dans cette procédure et qu’elle n’avait pas eu connaissance des motivations du tribunal. Elle a néanmoins rappelé que la santé et la sécurité de ses employés sont essentielles, avec un suivi régulier de chaque salarié qui dépasse les exigences réglementaires.

Rappelons que le cancer du sein est le cancer le plus mortel chez les femmes en France, avec près de 13.000 décès annuels. L’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) doit, d’ici l’automne 2027, publier les résultats d’une expertise sur le lien potentiel entre le cancer du sein et des facteurs tels que le travail de nuit, les rayonnements ionisants et certaines substances chimiques.

Cette décision marquante pourrait ainsi ouvrir la voie à un changement significatif dans la reconnaissance des maladies professionnelles liées aux conditions de travail spécifiques, surtout dans un secteur aussi exigeant que l’aviation.