Bali expulse les influenceurs : 342 expulsions en six mois face à la crise du tourisme

Il y a dix ans, Bali attirait les backpackers en quête d’aventures. Aujourd’hui, l’île indonésienne, avec ses sept millions de visiteurs annuels pour seulement 4,5 millions d’habitants, fait face à une transformation radicale. Les cafés à matcha ont remplacé les traditionnels warungs, et les temples sacrés sont devenus des décors prisés sur Instagram. Cependant, depuis l’été 2026, Bali a changé de cap : l’île expulse, ferme des licences et traque les créateurs de contenu comme jamais auparavant.

EN BREF

  • Bali a expulsé 342 ressortissants étrangers en six mois, un chiffre record.
  • La nouvelle réglementation vise les influenceurs, considérant leur activité comme illégale avec un visa touristique.
  • Une brigade spéciale surveille les réseaux sociaux pour faire respecter ces nouvelles règles.

Depuis la pandémie, Bali est passée du statut de destination de vacances à celui de capitale mondiale des nomades numériques. Des quartiers comme Canggu et Ubud se sont métamorphosés en bulles d’expatriés, avec des espaces de coworking et des installations sportives haut de gamme. Ce phénomène rappelle, à une autre échelle, les défis rencontrés par d’autres destinations face à la montée du tourisme longue durée et ses conséquences sur les prix locaux.

Cependant, cette économie s’est développée en circuit fermé. Les étrangers achètent des terrains, ouvrent des établissements et embauchent d’autres expatriés, tandis que les Balinais subissent la flambée des loyers et la raréfaction des ressources. Des observateurs parlent désormais de néo-colonisation, un terme qui évoque l’invasion néerlandaise de 1906.

La situation a atteint un point de non-retour avec une affaire qui a fait grand bruit. Un collectif néerlandais organisait des événements sportifs à Canggu, mais les inscriptions des Indonésiens étaient systématiquement bloquées lorsqu’ils utilisaient un numéro de téléphone local. Cette situation a conduit à l’interdiction d’entrée sur le territoire des deux organisateurs.

En réponse à ces dérives, Bali a fermé l’accès à son système de licences pour les investisseurs étrangers dans 18 secteurs jugés cruciaux, tels que l’hôtellerie et la location de véhicules. De nombreuses fraudes ont été constatées, avec des étrangers contournant l’investissement minimum requis de 500 000 euros par le biais de bureaux virtuels sans activité réelle. Cette régulation fait écho à d’autres restrictions récentes imposées aux investisseurs étrangers sur des marchés saturés.

Le volet le plus radical de cette offensive vise directement les créateurs de contenu. Publier une photo sponsorisée ou tourner une vidéo commerciale avec un simple visa touristique est désormais considéré comme illégal, même sans rémunération sur place. Cette règle, stricte et claire, cible le business model de milliers d’influenceurs présents sur l’île.

Pour appliquer cette nouvelle doctrine, une brigade nommée « Dharma Dewata » a été constituée. Une centaine d’agents patrouillent dans les quartiers prisés des influenceurs, et les réseaux sociaux sont minutieusement surveillés. En conséquence, le premier semestre 2026 a vu l’expulsion de 342 ressortissants étrangers, un chiffre qui dépasse ceux de toute l’année 2023. Cela témoigne d’une volonté politique manifeste, loin des ajustements administratifs souvent observés dans des contextes comme les déclarations fiscales en France.

Derrière cette fermeté se cache un message clair à l’attention des nomades numériques du monde entier : le farniente payé par des marques a un coût, que Bali ne souhaite plus supporter au détriment de ses habitants. Après Dubaï et maintenant Bali, les créateurs de contenu devront probablement chercher une nouvelle terre d’accueil ou revenir dans leur pays d’origine pour y payer leurs impôts. Reste à voir quelle sera la prochaine île à prendre position contre cette situation.