Pesticides : le cri de désespoir d’agriculteurs face à la maladie

En 2025, le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a enregistré plus de 1 000 demandes, un chiffre sans précédent depuis sa création en 2021 et en hausse de 6,8 % par rapport à l’année précédente. Parmi ces demandes, un grand nombre provient d’agriculteurs, souvent des hommes retraités de plus de 60 ans, ayant exercé dans des domaines variés tels que l’élevage, la viticulture ou les cultures céréalières. Ces agriculteurs ont développé des maladies graves, dont le cancer de la prostate, qui représente à lui seul la moitié des dossiers traités l’an dernier.

EN BREF

  • 1 000 demandes d’indemnisation pour maladies liées aux pesticides en 2025.
  • De nombreux agriculteurs, souvent retraités, touchés par des cancers graves.
  • Prise de conscience croissante des dangers des pesticides dans le milieu agricole.

Jean-Luc Goudenèche, agriculteur à la retraite, est l’un des nombreux témoignages poignants qui illustrent cette réalité. Atteint d’un cancer de la moelle osseuse depuis 2001, il n’a vu sa maladie reconnue comme professionnelle qu’à partir de 2018. Invité sur RMC le 7 septembre, il a partagé son expérience avec le fonds d’indemnisation, qu’il a sollicité en 2021, dénonçant les pesticides qu’il qualifie de véritables poisons.

Il se remémore les pratiques passées : « À l’époque, on n’avait pas le choix que d’utiliser les pesticides. D’abord, il y avait la fierté agricole qui nous poussait à toujours produire plus. Et puis les coopératives, tout le monde nous disait qu’il fallait utiliser les pesticides parce que plus on allait produire, plus on allait gagner. » Cette pression, selon lui, a conduit à une négligence des précautions nécessaires. « On n’était absolument pas prudents, on était complètement naïfs », admet-il.

Gilbert, un producteur de légumes du Finistère, a également sollicité une indemnisation en 2025. Son urologue lui a conseillé de remplir un dossier suite à un diagnostic de cancer, qu’il soupçonne être lié à l’utilisation de pesticides. « C’est un sujet tabou », souligne-t-il, notant que même au sein de la chambre d’agriculture, ce problème demeure largement ignoré.

Dans le Tarn-et-Garonne, Bernard a récemment reçu une indemnisation de 1 000 euros par mois, un complément à sa retraite d’arboriculteur. Cependant, il a fallu des années avant que le fonds n’accepte de lui verser cette somme. « Honnêtement si tous les malades déposaient un dossier au fonds d’indemnisation, ce n’est pas 1 000 par an qu’ils en auraient, c’est 5 000 », déclare-t-il, mettant en lumière l’ampleur du problème.

Les agriculteurs doivent faire face à plusieurs obstacles pour obtenir une indemnisation, notamment le manque d’informations et d’accompagnement, ainsi que le sentiment de honte qui entoure ce sujet. Jean-Luc Goudenèche espère que cette situation incitera davantage d’agriculteurs à demander une indemnisation. « Peut-être que le monde agricole a maintenant conscience du danger. C’est peut-être la fin du tabou, en tout cas je l’espère », conclut-il avec espoir.

Le témoignage de ces agriculteurs met en lumière une crise silencieuse au sein du secteur agricole, où les conséquences de l’usage des pesticides commencent enfin à être reconnues. Ce changement de mentalité pourrait être le premier pas vers une agriculture plus responsable et respectueuse de la santé des travailleurs et de l’environnement.