Lutte contre la cyberviolence : des femmes filmées à leur insu par des lunettes connectées

La problématique de la cyberviolence prend une nouvelle dimension avec l’usage détourné de lunettes connectées. Ce mardi 8 septembre, l’association e-Enfance a alerté sur une série d’incidents inquiétants concernant des femmes filmées à leur insu, principalement par l’intermédiaire de modèles commercialisés par le géant technologique Meta.

EN BREF

  • 20 signalements de femmes filmées à leur insu depuis début 2026
  • Publication de vidéos humiliantes sur les réseaux sociaux
  • Appel à une tolérance zéro de la part des plateformes

Gestionnaire du 3018, le numéro national dédié à la lutte contre le harcèlement et les violences numériques, l’association e-Enfance a constaté une augmentation alarmante des signalements. En effet, depuis le début de l’année, près de vingt cas ont été rapportés, mettant en lumière un phénomène qui semble se répéter avec un même schéma : l’humiliation par la captation d’images sans le consentement des victimes.

Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs d’e-Enfance, a exprimé son inquiétude lors d’une interview sur franceinfo. Elle souligne que cette hausse ne représente qu’une partie du problème, de nombreuses victimes hésitant à contacter le 3018. Cela traduit une sous-estimation de la gravité de la situation.

Un mécanisme de cyberviolence bien rodé

Les victimes décrivent un même scénario : un créateur de contenu aborde une femme dans un lieu public, sans l’informer qu’il la filme. L’objectif de ces actes est souvent de provoquer un malaise ou de placer la personne dans une situation embarrassante. Ces vidéos, ensuite sorties de leur contexte, sont publiées sur les réseaux sociaux sous forme de « pranks » ou de micro-trottoirs, entraînant une seconde vague de violence à travers moqueries, insultes et menaces.

Parmi les signalements, e-Enfance a rapporté un incident lors de la Fête de la musique, où une jeune fille a été filmée par un homme portant des lunettes connectées. Après l’avoir interrogée pour la mettre mal à l’aise, il a diffusé la vidéo sur TikTok, Instagram et X. Cette séquence est devenue virale, engendrant des commentaires haineux et des menaces de mort à l’encontre de la victime.

Des mesures insuffisantes face à un problème croissant

Face à ces situations, les victimes tentent souvent de demander la suppression des vidéos. Cependant, les créateurs de contenu refusent généralement de retirer leurs publications. Bien que TikTok ait retiré certaines vidéos signalées par le 3018, des cas de réapparition des contenus incriminés, accompagnés de comptes toujours actifs, continuent d’être rapportés. Cette situation soulève des interrogations quant à l’efficacité des mesures prises par les plateformes.

Véronique Béchu met en garde contre les conséquences potentielles dans la vie réelle de ces cyberviolences, évoquant des menaces et des tentatives de rencontre. Elle insiste sur le fait que ces vidéos sont devenues le « fonds de commerce » de certains créateurs de contenu, souvent très suivis, qui ne se contentent que de ce type de publications.

Face à cette montée de la cyberviolence, l’association e-Enfance appelle à une tolérance zéro de la part des plateformes et à un meilleur encadrement de l’utilisation des lunettes connectées. Bien que Meta ait récemment mis en place des restrictions concernant les fonctions photo et vidéo lorsque le voyant de captation est masqué, l’association souligne que ces mesures ne répondent pas au véritable problème. En effet, un voyant visible ne garantit pas le consentement à la diffusion de l’image d’autrui.

La lutte contre ce phénomène nécessite une prise de conscience collective et des actions concrètes pour protéger les victimes tout en régulant l’utilisation des technologies émergentes. La situation actuelle appelle à une réflexion approfondie sur la protection de la vie privée et la responsabilité des créateurs de contenu.