À l’âge de dix ans, les enfants nés prématurés en France se heurtent à des obstacles significatifs sur les plans scolaire, comportemental et social, selon une étude récente menée par l’Inserm. Bien que la majorité d’entre eux soient en bonne santé, une proportion non négligeable continue de rencontrer des défis qui impactent leur quotidien et celui de leurs familles.
EN BREF
- 16 % des enfants prématurés souffrent de difficultés comportementales à dix ans.
- Près de la moitié des enfants extrêmement prématurés nécessitent des soins spécifiques.
- Les effets de la prématurité se prolongent au-delà de l’hôpital, affectant la vie sociale et scolaire.
Les résultats de cette étude, dévoilée jeudi, révèlent que les enfants nés prématurément font face à des défis persistants qui peuvent avoir des conséquences sur leur vie scolaire et sociale. Véronique Pierrat, qui a présenté ces résultats, a souligné que ces observations sont en accord avec des études internationales. Le pédiatre Stéphane Marret, du CHU de Rouen, a également noté l’importance d’un suivi précoce pour cette population vulnérable.
Une vulnérabilité persistante
Depuis 2011, des chercheurs du Centre de recherche en épidémiologie des statistiques (Inserm/Université Paris Cité) analysent les effets à long terme de la prématurité sur les enfants en France. Environ 7 % des naissances se produisent avant 8 mois et demi de grossesse. À l’âge de dix ans, près de 16 % des enfants nés prématurés présentent des difficultés comportementales, telles que la gestion des émotions ou des troubles de l’attention, comparativement à 12 % des enfants nés à terme.
Les enfants nés extrêmement prématurés (entre 24 et 26 semaines) sont particulièrement concernés, avec près de 50 % d’entre eux ayant besoin de soins liés à leur développement. Pour ceux nés modérément prématurés (32 à 34 semaines), ce chiffre est d’environ un tiers. Ces données mettent en lumière l’impact du degré de prématurité sur le développement neurocognitif des enfants.
Des conséquences sur la vie quotidienne
Malgré le fait que la majorité des parents jugent la santé de leur enfant satisfaisante, certains font état de limitations dans les activités quotidiennes. Ainsi, 14 % des enfants nés extrêmement prématurés et 4 % de ceux nés modérément prématurés rencontrent des difficultés liées à leur développement. Ces complications se traduisent aussi dans le milieu scolaire, où près de 23 % des enfants prématurés nécessitent un soutien éducatif, un chiffre presque deux fois supérieur à celui des enfants nés à terme.
Les enfants nés prématurés semblent également moins engagés dans des activités sociales telles que les sports ou les célébrations d’anniversaires, ce qui soulève des préoccupations quant à leur intégration sociale. En effet, seulement 69 % d’entre eux participent à des activités sportives, contre 77 % pour leurs pairs nés à terme.
Un suivi nécessaire et inégal
Les défis liés à la prématurité ne se limitent pas à l’hôpital. Charlotte Bouvard a mis en lumière les difficultés rencontrées par les familles, qui peuvent plonger dans la précarité à cause des coûts liés aux soins nécessaires. Les délais d’attente pour des consultations peuvent atteindre jusqu’à 13 mois, ce qui est particulièrement problématique pour les familles les plus défavorisées.
Les résultats de cette étude soulignent l’importance d’un suivi personnalisé pour les enfants prématurés. Actuellement, le suivi est recommandé jusqu’à l’âge de 7 ans, mais il varie selon les régions et les ressources disponibles, laissant de côté certains enfants. Marret souligne que la prématurité, bien qu’un facteur, n’est pas la seule cause des difficultés rencontrées par ces enfants. D’autres facteurs, tels que les conditions psychosociales et économiques des familles, jouent également un rôle important.
Pierre-Yves Ancel, responsable de l’équipe de recherche, appelle à des études futures pour examiner les impacts sur les enfants prématurés d’aujourd’hui, dans un contexte de changement des pratiques médicales et de l’environnement social. La prématurité, loin d’être un simple événement médical, engendre des répercussions durables qui nécessitent une attention particulière.