Les infirmiers libéraux, au cœur d’une problématique croissante, font face à une augmentation significative de leurs frais de déplacement. Laetitia Chillaud-Bévier, infirmière libérale dans le Val-de-Marne et administratrice de l’ONSIL (Syndicat des infirmiers libéraux), témoigne des défis quotidiens auxquels ils sont confrontés. Elle parcourt chaque jour plus de 100 kilomètres pour rendre visite à ses patients, et l’envolée des prix des carburants menace directement son activité.
EN BREF
- Les infirmiers libéraux subissent une hausse des coûts de carburant, impactant leurs revenus.
- Une aide de 80 euros annoncée par le gouvernement est jugée insuffisante par la profession.
- Des inquiétudes croissantes sur l’accès aux soins en raison de la hausse des frais de déplacement.
Depuis quelques semaines, Laetitia Chillaud-Bévier constate une dépense mensuelle supplémentaire de 200 euros liée à l’augmentation des prix de l’essence. Ce coût pèse lourdement sur son revenu, la forçant à reconsidérer la viabilité de son activité. Le gouvernement a récemment annoncé un « bonus territoire ruralité », un versement unique de 80 euros pour aider les professionnels de santé, mais cette mesure ne suscite pas l’enthousiasme escompté.
« C’est dérisoire, déclare-t-elle. Ce montant ne couvre même pas un plein de SP95. » Cette aide, qui devrait concerner environ 25 000 infirmiers libéraux, reste floue et ne répond pas aux besoins réels de la profession, qui compte en réalité près de 100 000 membres. Laetitia souligne que les infirmiers en milieu rural peuvent parcourir jusqu’à 300 kilomètres en un week-end, sans parler des embouteillages dans les zones urbaines.
Pour chaque visite à domicile, les infirmiers perçoivent une indemnité forfaitaire de 2,75 euros brut, soit 1,10 euro net, à laquelle s’ajoute une indemnité kilométrique variant de 0,35 centime par kilomètre en plaine à 0,50 centime en montagne. Pourtant, ces indemnités ne couvrent plus les frais réels qu’engendrent leurs déplacements. L’ONSIL a déjà tiré la sonnette d’alarme en 2024, indiquant que ces montants ne sont plus en adéquation avec l’augmentation des coûts de carburant et d’entretien des véhicules.
La situation est telle que certains infirmiers libéraux sont contraints d’annuler des rendez-vous, préférant prioriser les patients nécessitant des soins urgents. « Nous avons dû demander à des patients réguliers de chercher d’autres soignants plus proches », confie Laetitia. Cela soulève des inquiétudes quant à l’accès aux soins, car les patients se retrouvent souvent dans l’incapacité de trouver un professionnel disponible. « Si les prix continuent d’augmenter, cela compromettra gravement l’accès aux soins », alerte-t-elle.
Le constat est alarmant : un infirmier libéral parcourt en moyenne 33 000 kilomètres par an, bien au-delà des 8 000 kilomètres requis pour bénéficier de la prime grands rouleurs, dont le plafond a récemment été revu à la hausse. La ministre déléguée à l’énergie, Maud Brégeon, a annoncé que ce plafond est désormais de 2 035 euros nets par mois pour une personne seule et 6 104 euros nets pour un couple avec deux enfants. Cela pourrait permettre à davantage de professionnels de la santé de bénéficier de l’aide, mais l’inquiétude demeure quant à la pérennité de leur activité face à la flambée des coûts.
La situation des infirmiers libéraux met en lumière les défis auxquels font face les professionnels de santé en France, notamment en matière de rémunération et de soutien gouvernemental. Alors que la demande de soins à domicile continue d’augmenter, il est impératif que des solutions durables soient mises en place pour garantir l’accès aux soins pour tous.