La piscine Molitor : de temple du chic à hôtel de luxe, un parcours emblématique

Inaugurée en 1929, la piscine Molitor, joyau de l’Art déco parisien, a connu une transformation spectaculaire au fil des décennies. Autrefois point de rencontre des Parisiens en quête de détente, elle s’est progressivement métamorphosée en un lieu emblématique du graffiti avant de renaître en 2014 sous la forme d’un hôtel de luxe. Retour sur l’histoire fascinante de ce site unique qui a traversé le temps.

EN BREF

  • La piscine Molitor a ouvert en 1929 et est rapidement devenue un lieu prisé à Paris.
  • Fermée en 1989, elle a été squattée par des graffeurs pendant 25 ans avant sa rénovation.
  • Rouverte en 2014, elle abrite désormais un hôtel de luxe tout en conservant son héritage artistique.

Tout commence en 1929, lorsque l’entrepreneur Antoine Belverge obtient un bail pour construire un complexe aquatique sur un terrain de 5 300 m². L’architecte Lucien Pollet conçoit un bâtiment audacieux avec deux bassins, dont un de 50 mètres à l’extérieur. L’inauguration attire des célébrités, notamment le nageur Johnny Weissmuller, futur Tarzan du cinéma, et la piscine devient rapidement un symbole du chic parisien.

Au fil des ans, Molitor attire la mode et le cinéma, devenant le lieu de prédilection des Parisiens en quête de divertissement. En 1946, le créateur de mode Louis Réard y présente le bikini, marquant le début d’une nouvelle ère pour la mode balnéaire. La piscine se transforme en un véritable temple de la sociabilité parisienne, où les fêtes et les événements se succèdent.

Cependant, la fortune de Molitor prend un tournant désastreux en 1989, lorsque le bail arrive à expiration. La Ville de Paris refuse de renégocier, et la piscine ferme ses portes, abandonnée à son triste sort. Un arrêté la classe pourtant monument historique l’année suivante, mais cela n’empêche pas la dégradation. Les graffeurs commencent à envahir le site, transformant les murs extérieurs et l’intérieur des bassins en une toile de fond pour leurs œuvres.

Dans les années 1990, Molitor devient un lieu de culte pour les graffeurs européens. Le 14 avril 2001, le collectif Heretik System y organise une free party qui attire l’attention du public. Cependant, cette liberté d’expression s’accompagne de dégradations, et la piscine, autrefois symbole de luxe, se transforme en squat géant.

Il faut attendre 1997 pour qu’un projet de restructuration soit approuvé, mais des complications juridiques retardent la renaissance de Molitor. Ce n’est qu’en mai 2014 que la piscine rouvre ses portes, métamorphosée en un hôtel de luxe de 124 chambres, tout en conservant une partie de son héritage graffiti. La direction artistique, dirigée par Sylvia Randazzo, choisit de préserver les œuvres des graffeurs, intégrant ainsi le passé rebelle du lieu dans un cadre raffiné.

Le résultat est saisissant : les anciens graffitis cohabitent avec un design moderne, permettant à la piscine de conserver son âme tout en s’offrant une nouvelle vie. Toutefois, certains observateurs s’interrogent sur la façon dont l’esprit subversif de Molitor a été considérablement atténué par l’opulence de l’hôtel.

La piscine Molitor incarne à elle seule un phénomène plus large observé en France, où de nombreux lieux emblématiques ont subi des transformations radicales au fil des ans. On peut également penser à l’évolution des hypermarchés ou des salons parisiens qui, autrefois prisés par l’élite, ont vu leur image se modifier avec le temps.

À l’avenir, il sera intéressant de voir comment les Parisiens percevront les hôtels design et autres rooftops actuels dans quelques décennies. Peut-être qu’ils apparaîtront tout aussi démodés que les cabines Art déco de Molitor, aujourd’hui si éloignées de leur époque d’origine.

En somme, l’histoire de la piscine Molitor démontre que même les lieux les plus iconiques peuvent connaître des réinventions inattendues. Rien n’est jamais figé, et chaque espace a le potentiel de renaître sous une forme nouvelle, tout en préservant les traces de son passé.