Dans son dernier ouvrage, « Histoire et confidences de Jean Auroux », l’ancien ministre du Travail se penche sur la mort de son prédécesseur Robert Boulin, évoquant des confidences troublantes de ses officiers de sécurité. Cette déclaration a suscité un regain d’intérêt pour l’une des affaires les plus mystérieuses de la Ve République.
EN BREF
- Jean Auroux affirme que Robert Boulin aurait été assassiné.
- Les officiers de sécurité de Boulin en étaient convaincus.
- Les investigations sur cette affaire ont été relancées en juin dernier.
Le récit de Jean Auroux, qui a été ministre du Travail sous François Mitterrand, est chargé d’émotion. En prenant ses fonctions en 1981, il n’a pu s’empêcher de penser à ceux qui l’avaient précédé, notamment Robert Boulin, dont la mort tragique en octobre 1979 a laissé des traces indélébiles dans les mémoires. Dans son ouvrage, il se remémore ses premiers jours au ministère et le poids de l’héritage de Boulin.
La phrase qui retient particulièrement l’attention est celle où Jean Auroux mentionne les confidences de ses officiers de sécurité, qui lui auraient affirmé que Robert Boulin n’aurait pas pu se suicider. « Ils m’ont dit que quelqu’un avait fait le coup », déclare Auroux, renforçant ainsi les doutes qui entourent les circonstances de la mort de son prédécesseur. Cette révélation est d’autant plus marquante qu’elle émane de personnes qui ont connu Boulin personnellement et qui l’ont côtoyé dans le cadre de leurs fonctions.
Jean Auroux, qui évoque une omerta collective au sein du ministère, reconnaît qu’il n’a jamais osé porter ces soupçons sur la place publique. « J’étais un des rares à parler de ça autour de moi, mais pas publiquement », confie-t-il. La pression et l’angoisse qui régnaient au sein du ministère à l’époque l’ont poussé à garder ces réflexions pour lui, malgré les doutes qui l’assaillaient.
Les doutes persistent
Dans l’interview accordée à Paris Match, Auroux explique qu’il a été convaincu dès son arrivée que la version officielle du suicide de Boulin ne tenait pas. Il se remémore avoir posé la question à ses officiers de sécurité : « Était-ce un suicide ou non ? » Les réponses qu’il a reçues l’ont laissé perplexe. Bien qu’ils n’aient pas été témoins des événements, leur conviction et leur compréhension du caractère de Boulin l’ont marqué.
Auroux s’interroge sur les raisons pour lesquelles il n’a pas alerté la justice à l’époque. Bien qu’il ait envisagé cette possibilité, il se sentait limité par son statut de ministre et par le fait que la thèse du suicide avait été largement acceptée. « À quel titre, moi, ministre et concurrent, aurais-je saisi la justice ? » s’interroge-t-il. Une question qui reste sans réponse, mais qui souligne les complexités d’un système politique où les enjeux personnels et institutionnels s’entremêlent.
Une enquête relancée
En juin dernier, ce mystère a connu un nouvel élan lorsque le pôle des crimes sériels et non élucidés a pris en charge le dossier de la mort de Robert Boulin. Trois juges d’instruction ont été désignés pour examiner cette affaire emblématique de la Ve République. Les révélations de Jean Auroux pourraient jouer un rôle crucial dans cette nouvelle enquête, ranimant l’intérêt du public et des médias pour une affaire longtemps considérée comme close.
La mort de Robert Boulin, un homme apprécié, continue de susciter des interrogations et des controverses. Les déclarations d’Auroux, bien qu’elles ne constituent pas une preuve définitive, ouvrent la porte à une réflexion plus approfondie sur les événements entourant ce drame. Alors que l’enquête se poursuit, les révélations de l’ancien ministre pourraient bien apporter des éléments nouveaux à un dossier déjà complexe et chargé d’émotion.