Travailleuses du sexe en colère contre la loi sur le proxénétisme en ligne

Un sentiment de colère et de malaise s’empare des travailleuses du sexe en ligne alors que l’article 25 de la loi intégrale sur les violences sexuelles a été adopté en commission. Cette disposition vise à élargir la définition du proxénétisme à toute personne facilitant le travail des créatrices de contenu sur des plateformes telles qu’OnlyFans et MYM. Les sanctions prévues s’élèveraient à 1 500 euros, voire 3 000 euros en cas de récidive, s’inspirant d’une loi de 2016 contre la prostitution. Si cette mesure est définitive, elle bouleverserait la vie des créateurs de contenu sexuel en ligne, alors même que certaines d’entre elles se disent satisfaites de leur quotidien.

EN BREF

  • Une nouvelle loi menace les travailleuses du sexe en ligne en élargissant le proxénétisme.
  • Deux créatrices témoignent des conséquences potentiellement désastreuses sur leur activité.
  • La loi pourrait forcer les travailleuses vers des plateformes moins sécurisées.

Claire, artiste shibariste, et Louve, créatrice de contenu, partagent leurs craintes face à cette législation. Claire a débuté dans le monde réel avant de se tourner vers le numérique et elle est désormais entièrement consacrée à son activité en ligne. Louve, quant à elle, a remarqué une baisse de ses revenus due à la concurrence accrue des influenceurs sur des plateformes comme OnlyFans et MYM. Elle utilise principalement trois plateformes : MYM, OnlyFans pour la vente de contenus privés, et Stripchat, où elle se produit en direct. Le site de camming représente 80 % de ses revenus, et son entourage est informé de ses activités, un choix qui n’est pas celui de toutes les travailleuses du sexe.

Les deux femmes estiment que l’adoption de l’article 25 aurait des conséquences désastreuses. Louve souligne que son activité de camming, ainsi que l’envoi de contenus personnalisés, serait profondément affectée. Elle craint que son compagnon, qui l’aide en filmant ses scènes, soit considéré comme un proxénète selon la nouvelle loi. Claire, qui gère tout son travail seule, fait également face à des conséquences imprévues. En effet, son propriétaire pourrait être qualifié de proxénète, ce qui soulève des questions sur la précarité à laquelle elles seraient confrontées.

« Retourner dans le salariat serait très compliqué », confie Claire, qui fait face à des problèmes de santé. La flexibilité de son activité actuelle lui permet de gérer ses journées selon ses capacités. Si cette loi était adoptée, elle se verrait contrainte de trouver un emploi salarié, une option qu’elle juge peu viable. Louve, de son côté, pourrait perdre près de 1 400 euros de revenus et envisagerait d’utiliser des applications de messagerie sécurisées pour continuer à vendre ses contenus.

Malgré les menaces que représente cette législation, les deux travailleuses du sexe affirment leur détermination à poursuivre leur activité. Claire prévoit de naviguer à travers les mailles du filet législatif, tandis que Louve s’interroge sur les alternatives qui s’offrent à elle, y compris le risque de travailler sous la direction de productions qui imposeraient des contraintes sur son travail.

Les deux femmes s’alarment des risques accrus que cette loi pourrait engendrer. « En chassant les travailleuses du sexe des plateformes relativement sécurisées, on les pousse vers des sites obscurs où les protections sont quasi inexistantes. Cela ne fera qu’accroître la précarité et les dangers », met en garde Louve. Claire partage cette inquiétude, soulignant que cette législation pourrait forcer certaines à redoubler de discrétion, voire à abandonner le monde virtuel pour le réel, exposant ainsi les travailleuses du sexe à des situations encore plus périlleuses.

« Les décideurs semblent ignorer la complexité de notre réalité », déplore Claire. Elle et Louve critiquent le manque d’écoute dont elles ont été victimes lors du débat législatif, jugeant que les députés parlent d’un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. « Les travailleuses du sexe sont souvent laissées pour compte, et cette loi ne fera qu’accentuer les violences et discriminations que nous subissons déjà », conclut Louve, qui souligne que la loi pourrait avoir des répercussions sur des femmes aux trajectoires diverses, notamment des mères de famille et des personnes en situation de handicap.

Le débat autour de cette loi continue de susciter des inquiétudes et des interrogations, tant sur la protection des travailleuses du sexe que sur l’impact réel sur leur sécurité et leurs droits.