Démarchage téléphonique : les appels indésirables persistent malgré l’interdiction

Depuis le 11 août 2023, le démarchage téléphonique sans consentement préalable ou contrat en cours est prohibé. Toutefois, cette mesure semble insuffisante pour mettre un terme à une pratique toujours aussi invasive. De nombreux consommateurs continuent de subir des appels indésirables, comme l’indiquent les témoignages recueillis par notre rédaction.

EN BREF

  • Le démarchage téléphonique sans consentement est interdit depuis août 2023.
  • Les consommateurs continuent de recevoir des appels indésirables malgré la législation.
  • Des mesures de lutte contre ces pratiques sont jugées insuffisantes par les autorités.

Les réactions des consommateurs sont pour le moins éloquentes. Catherine, par exemple, partage son exaspération : « Je suis importunée par des appels de démarchage entre 2 et 4 fois par jour. Comment aimeriez-vous que cela cesse ? » Pascaline renchérit : « Pendant quelques jours, il semblait que cela avait cessé, mais trois jours plus tard, les appels ont recommencé de plus belle. » Cette frustration est également ressentie par d’autres, comme Lyse, qui se plaint de l’impossibilité de discuter avec des robots lors des appels automatisés : « Vous avez beau expliquer que vous n’êtes pas intéressée… Vous parlez dans le vide. »

Les techniques de démarchage sont de plus en plus raffinées, rendant la situation encore plus frustrante. Bernard, par exemple, déplore : « J’ai bloqué la plupart des numéros associés aux démarcheurs, mais je reçois toujours des démarchages automatiques en numéro privé. C’est extrêmement frustrant, car il est impossible de les bloquer ou de les signaler. »

À l’origine de la loi interdisant ce type de démarchage, l’ex-sénateur Pierre-Jean Verzelen a récemment exprimé son mécontentement dans une lettre adressée au Premier ministre, Sébastien Lecornu. Il a souligné le manque d’informations diffusées auprès du public concernant cette loi. « Nous ne pouvions pas aller plus loin sur le plan législatif. Toutefois, il aurait été crucial de promouvoir massivement l’utilisation de SignalConso, la plateforme de signalement des abus, pour mieux traquer les contrevenants », a-t-il déclaré. Il a également interpellé le gouvernement sur sa capacité à faire appliquer la loi.

Les autorités, de leur côté, ont tenté de rassurer les citoyens. Thibault Henry de Villeneuve, conseiller Commerce, Consommation et lutte contre la fraude, a précisé que des actions répressives ciblées ont été menées par la DGCCRF au cours des dernières années. En 2025, 6 300 établissements ont été contrôlés, entraînant la notification de plus de 11 millions d’euros d’amende. Cependant, ces poursuites ont principalement concerné les entreprises ne respectant pas la loi de 2020, qui interdit le démarchage pour certaines activités, notamment la rénovation énergétique.

Pourtant, six ans après cette législation, de nombreuses entreprises continuent de harceler les consommateurs. Comment ces démarcheurs parviennent-ils à obtenir vos numéros ? L’Arcep évoque deux explications principales. La première découle de la pratique courante où des utilisateurs laissent leurs numéros sur des sites en échange de services, comme des jeux-concours. Ces données sont souvent collectées par des courtiers en données qui les revendent ensuite aux entreprises de démarchage, parfois sans respect des règles de consentement.

La seconde explication est plus inquiétante : la fuite de données personnelles. Les entreprises qui ont recueilli vos informations peuvent se faire pirater, et vos données se retrouvent mises en vente sur le dark web. Des démarcheurs peu scrupuleux achètent ces listes pour leurs campagnes de démarchage.

Une fois les numéros obtenus, le processus pour passer à l’appel est simplifié. Les entreprises de démarchage contactent des opérateurs téléphoniques spécialisés qui leur fournissent des numéros à appeler. De plus, il est possible qu’un appel avec un indicatif régional français provienne en réalité de l’étranger, ce qui rend les traçages encore plus complexes.

Malgré la réglementation, certains opérateurs peuvent fermer les yeux sur ces pratiques, soucieux de maintenir leur rentabilité. Un sondage mené par l’Arcep révèle que 67 % des personnes ne répondent plus aux appels inconnus, préférant attendre qu’un interlocuteur laisse un message vocal.

Cependant, des solutions existent pour lutter contre ces appels indésirables. Des opérateurs comme Orange et des smartphones tels que les iPhones ou les appareils Samsung Galaxy proposent des filtres antispam efficaces. De plus, des applications comme Truecaller ou Saracroche, une application open-source, sont plébiscitées par les utilisateurs pour leur efficacité.

Enfin, il est recommandé de signaler systématiquement tout abus sur la plateforme SignalConso. Ces signalements sont essentiels pour cartographier les numéros et remonter jusqu’à leurs émetteurs.

La lutte contre le démarchage téléphonique est un défi de taille. Les consommateurs, lassés des appels indésirables, attendent des mesures plus efficaces pour protéger leurs droits.