À peine élu, le maire de Casseuil, un petit village de Gironde, a choisi de vivre et d’exercer ses fonctions à 5000 kilomètres de sa commune, en Afrique de l’Est. David Gauthier, élu en mars dernier, a décidé de télétravailler depuis Djibouti, suivant sa femme qui y a été mutée pour trois ans. Cette situation soulève de nombreuses interrogations sur la légitimité de son mandat et le rôle d’un maire, surtout dans une commune de 363 habitants.
EN BREF
- David Gauthier, maire de Casseuil, télétravaille depuis Djibouti.
- La légalité de sa situation est soutenue par le conseil municipal.
- Cette décision suscite l’indignation des habitants et des experts.
David Gauthier ne semble pas inquiet par les critiques. Il assure qu’il peut gérer sa commune grâce à des visioconférences régulières avec ses adjoints et employés municipaux. Il prévoit également de revenir tous les six mois pour maintenir un lien avec ses administrés. Cependant, cette situation a provoqué des réactions vives au sein de la population et parmi les experts en gestion communale.
Lors d’une intervention sur France 3, M. Gauthier a déclaré : « Si je reviens, ça fait des frais de transports, l’avion c’est pas gratuit. C’est une commune de 400 habitants et on en fait un Dallas, c’est incroyable! » Toutefois, ces propos n’ont pas apaisé les esprits. Zohra Bitan, cadre dans la fonction publique, a exprimé son indignation : « On se fait élire maire et on s’en va, c’est abusé ».
Sur les plateaux de télévision, les avis sont partagés. Alors que certains estiment que le télétravail peut être une solution viable pour gérer les affaires municipales, d’autres soulignent l’importance d’une présence physique sur le terrain. « Un maire de village, c’est un maire de proximité. Il doit mesurer, palper les problèmes de son village », a déclaré Sam Zirah, vidéaste, sur RMC Story.
Les critiques vont au-delà de la simple gestion à distance. Charles Consigny, avocat, a pointé du doigt l’absence de responsabilité qui pourrait découler d’un tel fonctionnement. Il a suggéré de suspendre le versement de l’indemnité de 1100 € brut mensuels de M. Gauthier, arguant que cela constituerait un « refus d’exercer » ses fonctions. Alain Marschall, d’un autre côté, a défendu l’édile, notant qu’il est en contact quotidien avec ses adjoints.
Historiquement, des cas similaires ne sont pas nouveaux. Jacques Médecin, ancien maire de Nice, avait également été critiqué pour sa gestion à distance pendant de longues périodes. Sa situation avait pris une tournure particulièrement controversée lorsqu’il avait utilisé des fonds municipaux pour ses activités aux États-Unis. Malgré cela, il est resté populaire à Nice, illustrant les complexités de la relation entre un maire et sa communauté.
La situation de David Gauthier pose des questions fondamentales sur la nature du lien entre un élu et ses administrés. Peut-on réellement être un maire efficace sans être présent sur le terrain? La réponse à cette question pourrait redéfinir les contours du rôle d’un maire dans une ère de plus en plus numérisée.
Alors que la gestion à distance devient plus courante, ce cas particulier pourrait bien faire évoluer les attentes et les normes en matière d’engagement des élus au sein de leurs communes. Les citoyens de Casseuil et d’autres petites communes pourraient se trouver à la croisée des chemins, face à un modèle de gouvernance en pleine transformation.