La justice française a officiellement reconnu, ce mercredi, que les rafles du Vieux-Port de Marseille en janvier 1943 constituent un crime contre l’humanité. Cette décision intervient plus de 83 ans après les événements tragiques qui ont entraîné le déplacement de 20 000 personnes et la déportation de 1 600 individus, dont de nombreux Juifs exterminés dans les camps.
EN BREF
- Les rafles de janvier 1943 à Marseille reconnues comme crime contre l’humanité.
- 20 000 personnes déplacées, 1 600 déportées, dont près de 800 Juifs.
- La reconnaissance de ces faits vise à réparer une injustice historique.
Les faits se sont déroulés du 22 au 24 janvier 1943, sous l’opération nommée « Sultan ». Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a révélé lors d’une conférence de presse que l’enquête menée par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (Oclch) n’a pas permis d’identifier de responsables encore vivants. « Les exactions visaient les habitants d’un quartier considérés comme des sous-habitants », a-t-il précisé.
Le quartier de Saint-Jean, surnommé « la petite Naples », a été particulièrement touché. En effet, ce quartier populaire, habité principalement par des immigrés italiens, a été détruit et vidé de ses habitants. Les investigations ont été lancées en 2019 suite à une plainte d’un avocat marseillais, Pascal Luongo, en collaboration avec 19 survivants et descendants.
Antoine Mignemi, l’un des derniers survivants, témoigne des horreurs vécues ce jour-là. À l’âge de cinq ans, il se souvient de la peur dans le visage de sa mère alors qu’ils étaient forcés de quitter leur domicile. « La police française est à la porte et nous devons partir immédiatement », raconte-t-il, une émotion palpable dans sa voix.
Les rafles de Marseille figurent parmi les plus vastes de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés de celle du Vel’ d’Hiv’ à Paris. Sous l’ordre des nazis, la police française, dirigée par René Bousquet, a participé activement à ces opérations. Approximativement 800 Juifs, notamment du quartier de l’Opéra, ont été déportés vers les camps d’extermination.
Au total, ce sont 20 000 personnes qui ont été expulsées, dont plusieurs milliers internées dans un camp de rétention à Fréjus. Les conditions de vie dans ce camp étaient déplorables, comme le raconte Antoine Mignemi : « Nous avons été traités comme un troupeau de moutons, conduits jusqu’au quai du port. » Les hommes étaient séparés des femmes et des enfants, et ils ont passé une semaine dans des baraquements insalubres, sans lit, entassés sur une paille souillée.
La destruction du quartier cosmopolite de Saint-Jean a été orchestrée par les nazis en collaboration avec les autorités de Vichy, qui ont considéré les habitants comme des « indésirables ». Cette reconquête de l’histoire par la justice française est saluée par les descendants des victimes. « Cette reconnaissance des crimes contre l’humanité a une valeur de réparation morale », souligne Me Luongo.
Le président Jacques Chirac avait été le premier à reconnaître, en 1995, la responsabilité de la France dans les rafles et déportations des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2023, la mairie de Marseille avait d’ailleurs organisé des commémorations pour honorer la mémoire des victimes de ces rafles.
Fernand Riberi, un descendant de déporté, exprime son soulagement face à cette décision judiciaire. « C’est le sentiment que mon grand-père n’est pas mort dans l’anonymat », confie-t-il, marquant l’importance de cette reconnaissance dans le processus de mémoire collective.
Ce moment de reconnaissance historique rappelle à chacun la nécessité de ne pas oublier les atrocités du passé, afin de préserver la mémoire des victimes et d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.