Depuis plusieurs mois, le conflit en Ukraine est marqué par une adoption croissante de technologies robotiques sur le champ de bataille. Le 15 septembre dernier, dans le cadre de l’opération « Vivaldi », le 3e corps ukrainien a entrepris une manœuvre audacieuse en déployant des robots kamikazes, largués par drones à plus de 10 kilomètres derrière les lignes ennemies. Cette initiative témoigne de l’évolution rapide des stratégies militaires ukrainiennes en matière d’innovation technologique.
EN BREF
- Les forces ukrainiennes déploient des robots kamikazes pour frapper des cibles russes.
- La logistique militaire est de plus en plus assurée par des robots, réduisant les risques pour les soldats.
- Des projets futuristes visent à développer des armées de robots humanoïdes pour des missions de combat.
Selon le spécialiste des risques internationaux, Stéphane Audrand, cette tactique permet aux robots de ne pas consommer leur batterie pour atteindre leur zone d’action, ce qui leur confère une plus grande capacité d’infiltration. En plus de leur mission d’attaque, ces robots peuvent réaliser des opérations de reconnaissance, de déminage, et même tendre des embuscades.
Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques de Shark Robotics, souligne l’interconnexion croissante entre les drones et les robots sur le terrain. Les drones servent de relais pour le signal radio des robots, permettant une coordination efficace malgré les conditions de combat difficiles. Le recours aux robots terrestres, tant ukrainiens que russes, s’est intensifié depuis 2025, avec des missions logistiques et de neutralisation des mines de plus en plus automatisées.
En juillet dernier, le ministère de la Défense ukrainien a annoncé avoir commandé plus de 22 000 véhicules terrestres sans pilote (UGV) depuis le début de l’année, un chiffre qui double celui de l’année précédente. Ce développement s’accompagne d’une hausse significative des missions logistiques réalisées par ces systèmes, témoignant d’une transformation des méthodes de guerre sur le front.
Les robots, tels que le Varkhan, qui peut transporter des charges lourdes et opérer pendant 72 heures, participent activement à la logistique de première ligne. Côté russe, le robot Kurier est également observé sur le terrain, bien que son rôle principal reste logistique. Selon Cruchant, l’augmentation des drones FPV, capables de frapper des cibles à distance, a renforcé l’usage des robots, réduisant ainsi le risque pour les soldats ukrainiens.
La question du développement de l’autonomie des robots se pose. L’objectif serait de permettre à un opérateur de contrôler plusieurs machines simultanément. Des collaborations entre entreprises ukrainiennes et internationales, comme avec la société Tencore, visent à renforcer cette autonomie, tout en répondant aux besoins des forces armées d’autres pays, dont la France.
Les missions des robots pourraient également évoluer vers des actions de combat direct. Mikhailo Fedorov, ancien ministre de la Défense ukrainien, a récemment présenté un projet ambitieux de création d’une armée de robots, avec l’espoir de développer un robot humanoïde de combat d’ici 2027. Dans cette perspective, les premières évaluations de robots de combat, tels que les Phantom MK-1, ont déjà été réalisées en Ukraine.
Les avancées technologiques laissent entrevoir un avenir où les soldats seront de moins en moins exposés au danger direct. Comme le souligne Stéphane Audrand, la robotisation des opérations militaires est incontournable, même si l’infanterie traditionnelle demeure essentielle sur le front.
Les évolutions rapides dans le domaine des robots militaires soulèvent des questions sur l’avenir des conflits. L’expert en armement prédit que les technologies comme les exosquelettes et les capteurs avancés transformeront les soldats, tout en préparant le terrain pour une intégration croissante des robots sur le champ de bataille.
La situation actuelle en Ukraine, tant sur le plan militaire que technologique, illustre la nécessité d’adopter des solutions innovantes face à des défis en constante évolution.