« Le ministre du Commerce extérieur évoque la possibilité de suspension du Mercosur par le Parlement européen »

 

Depuis plusieurs années, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur suscite de vives controverse. Nicolas Forissier, député français, évoque avec clarté l’enjeu de cet accord pour l’économie française, en particulier pour les secteurs sensibles comme l’agriculture. Ce mercredi, lors d’un entretien, il a réaffirmé la nécessité d’équilibrer les intérêts des différentes filières afin d’éviter des déséquilibres négatifs.

EN BREF

  • Le député Nicolas Forissier défend l’importance d’un accord équilibré avec le Mercosur.
  • Des mesures de protection renforcées sont essentielles pour les filières agricoles françaises.
  • La balance commerciale française, en déclin, nécessite une attention particulière pour stimuler l’export.

Forissier insiste sur le fait que la France ne peut pas se permettre que certaines industries bénéficient des accords au détriment d’autres, en particulier les segments agricoles souffrants. Cette ligne de défense a été maintenue avec fermeté, comme l’a noté le Premier ministre lors d’une récente motion de censure. Grâce à des négociations tenaces, la France a réussi à obtenir des garanties de la Commission européenne. Ces garanties incluent des mesures miroirs qui permettent des contrôles stricts sur les importations, notamment de viande bovine, en cas de dépassement des quotas imposés.

Ce souci de protection se traduit par un dispositif extrêmement rapide de contrôle des importations, pouvant aller de quatre à vingt et un jours. Jamais un tel niveau de vigilance n’avait été intégré dans un accord de libre-échange, ce qui témoigne des préoccupations françaises quant aux conséquences sur la production nationale. Cependant, cette protection à elle seule ne suffit pas.

Le rôle du Parlement européen, et plus précisément des eurodéputés, s’avère crucial. En effet, ils ont la capacité de suspendre les négociations en saisissant la Cour de justice de l’Union européenne, un recours qui pourrait permettre à la France de renforcer encore ses protections.

Bien que certains secteurs comme l’automobile, ainsi que l’agriculture, la viticulture, le secteur cosmétique et l’aéronautique puissent potentiellement bénéficier de cet accord, il reste impératif de sécuriser nos filières sensibles. Car, comme l’a souligné Forissier :

« Cet accord est positif, mais il doit être accompagné de protections renforcées. »

D’autre part, la situation de la balance commerciale française suscite des inquiétudes croissantes. En effet, elle a connu un effondrement dramatique, passant de 4,5 milliards d’euros d’excédents en octobre 2024 à seulement 125 millions d’euros un an plus tard. Forissier attribue ce déclin à une concurrence accrue, en particulier de la part de pays comme l’Allemagne, dont les exportations ont fortement progressé. Au même moment, des marchés, tel que celui des États-Unis, se ferment, exacerbés par des politiques douanières restrictives.

La Team France Export, initiative d’accompagnement des entreprises à l’international, joue un rôle clé pour relancer les exportations en veillant à ouvrir de nouveaux débouchés. L’importance de ces efforts est d’autant plus manifeste lorsque l’on considère que la France demeure la première destination européenne pour les investissements directs étrangers depuis six années consécutives, une tendance qui se traduit par des emplois et des sites de production.

La part de l’industrie dans le PIB s’élève actuellement à seulement 17 %, en retrait par rapport à 24 % en Italie et 27 % en Allemagne. Toutefois, des politiques proactives telles que l’amélioration de l’attractivité et la stabilité fiscale ont permis des résultats encourageants. Forissier affirme :

« Il vaut mieux un mauvais budget que pas de budget du tout. »

Face à une instabilité politique croissante, exacerbée par des conflits internationaux, la France doit agir rapidement pour éviter une crise qui pourrait freiner son développement. Il est essentiel d’apporter de la visibilité aux entreprises et aux investisseurs pour favoriser la croissance et préparer l’avenir du pays. Forissier prévient également que la démagogie ne doit pas s’imposer face à une réalité économique complexe. Des choix éclairés doivent être faits pour que les citoyens puissent s’engager dans le futur politique en toute connaissance de cause.

Un équilibre délicat entre ouverture et protection se dessine dans le débat sur le Mercosur. Seule une approche réfléchie et éclairée pourra garantir que cet accord profite effectivement à la France, préservant les intérêts de ses filières tout en lui permettant de se projeter sur la scène économique internationale.