À 45 ans, Juliette Bouché, résidente du sud-ouest de la France, illustre tragiquement l’envers du décor de la précarité alimentaire. Son témoignage, empreint de douleur et de résilience, met en lumière les défis auxquels font face les personnes en situation de handicap dans un contexte économique difficile. Une étude des Restos du Cœur, publiée le 5 octobre, révèle que 10 % des bénéficiaires de l’association se trouvent dans cette situation.
EN BREF
- Juliette Bouché vit avec un handicap et peine à subvenir à ses besoins alimentaires.
- Elle ne lui reste que 11 euros par mois pour manger après ses dépenses.
- Une étude met en lumière la précarité alimentaire touchant les personnes handicapées en France.
Depuis sa naissance, Juliette souffre d’une maladie chronique complexe, à mi-chemin entre la sclérose en plaques et le système d’Ehlers-Danlos. Cette condition l’a progressivement privée de l’usage de la partie droite de son corps. En 2020, elle s’est vue contrainte de recourir à un fauteuil roulant, perdant ainsi 80 % de son autonomie. En raison de sa maladie, elle a dû cesser toute activité professionnelle depuis 2013, laissant son exploitation d’armagnac à son fils de 26 ans.
Pour subsister, Juliette dépend entièrement d’aides de l’État. Elle reçoit l’AAH (allocation aux adultes handicapés) s’élevant à 1 040 euros par mois et la PCH (prestation de compensation du handicap) d’environ 3 400 euros. Toutefois, après avoir payé ses charges, il ne lui reste que quelques euros pour se nourrir.
« Sur le mois dernier, j’ai calculé que je ne disposais en moyenne que de 11 euros pour manger », confie-t-elle, désespérée. Ce constat souligne l’ampleur des difficultés rencontrées par les personnes comme elle. « Il arrive un moment où ça coince au portillon », ajoute-t-elle avec résignation.
Face à cette situation, elle a commencé à fréquenter les banques alimentaires, comme les Restos du Cœur, pour la première fois il y a trois ans. « Pousser la porte d’une banque alimentaire, au début, on se sent un peu dévalorisé. Mais en rencontrant des personnes formidables, on réalise qu’il n’y a pas de jugement, et c’est toujours une bonne ambiance », explique-t-elle.
Entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire des Restos du Cœur. Pour Juliette, ces visites sont devenues indispensables. « On mange ce qu’il y a à manger. Tant pis pour la santé », déplore-t-elle, soulignant l’absence de choix alimentaire adapté à son état de santé fragile.
Malgré la diversité des produits offerts par les banques alimentaires, Juliette souffre de maladies telles que le rachitisme et le scorbut à cause de sa malnutrition. Son endocrinologue lui a même conseillé de changer de régime alimentaire, la mettant en garde contre les conséquences de sa situation. Mais, la réalité économique l’empêche d’agir.
À l’approche des élections présidentielles, Juliette nourrit l’espoir d’une meilleure écoute et d’un soutien accru de l’État. Les statistiques des Restos du Cœur sont alarmantes : une personne sur dix pourrait basculer dans la précarité alimentaire dans les prochaines années en France.
Son histoire, comme celle de nombreux autres, appelle à une prise de conscience collective face à la précarité alimentaire qui frappe de manière disproportionnée les personnes en situation de handicap.