Chaque printemps, les enfants français entendent la même légende : les cloches sont parties à Rome. Elles reviendront le dimanche de Pâques, chargées de chocolats à distribuer dans les jardins. Mais d’où vient cette tradition ? Pourquoi Rome et que se passait-il lorsque les cloches se taisaient vraiment ?
EN BREF
- Les cloches se taisent de jeudi saint à Pâques en signe de deuil.
- Pour remplacer le son des cloches, des crécelles étaient utilisées dans les villages.
- La légende des cloches ramenant des chocolats a des origines plus anciennes liées à la quête d’œufs.
La réponse à la question de ce silence est simple : selon l’Église catholique, les cloches sont condamnées au silence pendant trois jours en mémoire de la mort du Christ. Pour expliquer cette absence aux enfants, on leur raconte que les cloches partent à Rome pour être bénies par le Pape avant de revenir. Cette tradition remonte, selon certaines sources, au VIIIe siècle, lorsque l’on cessait de sonner les cloches le jeudi saint, pour ne les faire résonner à nouveau que le matin de Pâques.
Le jeudi saint, les cloches sonnent pour la dernière messe en mémoire de la Cène, le dernier repas de Jésus, avant de se taire jusqu’à la veillée pascale du samedi soir. Ce silence n’est pas seulement observé dans les clochers, mais même les clochettes d’autel sont mises de côté. Comment alors les fidèles étaient-ils appelés à la messe ?
Historiquement, les crécelles et les claquoirs prenaient le relais des cloches pendant cette période. Ces instruments en bois, souvent maniés par des enfants de chœur, émettent un bruit sec qui rappelle le craquement du bois. Ils parcouraient les rues en annonçant les offices, en criant : « C’est l’angélus ! », chaque appel étant ponctué d’un tour de crécelle. Cette pratique perdure encore dans certaines régions, comme en Alsace et en Lorraine.
La tradition des crécelles est liée à un passage de l’Évangile de Matthieu, qui évoque les événements terrifiants entourant la mort de Jésus. Le bruit des crécelles sert ainsi de souvenir à ce drame. À la fin de cette période de silence, les crécelleurs avaient une autre coutume moins connue : ils allaient de porte en porte pour quêter des œufs frais ou quelques pièces, une pratique qui rappelle que la distribution de chocolats par les cloches n’est pas la seule tradition pascale.
Les œufs, eux, ont une signification particulière, car leur consommation était interdite pendant le Carême. À Pâques, ils étaient ressortis pour être mangés durs ou décorés. Cette tradition remonte au IVe siècle dans le christianisme, bien que des pratiques similaires existent depuis l’Antiquité, notamment chez les Égyptiens et les Romains.
À travers la France, les traditions de Pâques varient. En Alsace et en Lorraine, c’est le lièvre de Pâques qui distribue les chocolats, une figure qui a émergé en Haute-Allemagne. La légende raconte qu’une femme, n’ayant pas de friandises à offrir, cacha des œufs dans son jardin pour que les enfants croient qu’un lapin les avait pondus. Cette anecdote, bien que charmante, demeure une légende.
Les cloches, quant à elles, sont toujours populaires en Belgique, en Italie et dans certaines régions de France. En Italie, la tradition est encore plus littérale, avec des cloches attachées pour ne pas sonner pendant la période de deuil. Le retour des cloches à Pâques, après un silence observé depuis le jeudi saint, est ainsi un moment festif.
Dans de nombreuses paroisses, les sonneries des cloches sont désormais automatiques. Certaines ordonnances diocésaines, par exemple en Alsace, stipulent que toutes les sonneries doivent être coupées avant la messe du jeudi saint, garantissant ainsi un silence total jusqu’à Pâques. Ce qui était autrefois un voyage symbolique à Rome se résume parfois à un simple réglage de minuterie.
Lorsque le Gloria retentit à la veillée pascale, les cloches sonnent à nouveau. Ce moment marque la fin d’un silence observé depuis des siècles. Vous aurez peut-être une nouvelle perception du son des cloches cette année, en sachant qu’elles ne s’envolent pas, mais se taisent en signe de respect depuis plus de mille ans.
Les traditions de Pâques, qu’il s’agisse des cloches, des crécelles ou des lièvres de Pâques, illustrent la richesse et la diversité de nos coutumes. La prochaine fois que vous entendrez le son d’une cloche, souvenez-vous que ce bruit est chargé d’histoire et de symbolisme, et que chaque tradition a son propre récit à raconter.