À Bordeaux, la mairie s’attaque aux vélos électriques débridés pour des raisons de sécurité

Sur les quais de Bordeaux, une nouvelle inquiétude émerge alors que de nombreux vélos électriques circulent à des vitesses dépassant largement les limites légales. Le maire Thomas Cazenave a annoncé des mesures strictes pour contrer ce phénomène. Cette initiative soulève des questions sur la sécurité des usagers et sur la réalité des livreurs qui dépendent de ces véhicules pour leur subsistance.

EN BREF

  • Le maire de Bordeaux promet des confiscations de vélos électriques débridés.
  • La vitesse excessive des vélos soulève des préoccupations de sécurité publique.
  • Les livreurs, souvent contraints de débrider leurs vélos, font face à des défis économiques.

La législation française impose que les vélos à assistance électrique (VAE) coupent leur moteur à 25 km/h. Pourtant, de plus en plus d’engins circulent à 40, voire 50 km/h sur les pistes cyclables de la métropole. Sébastien, un habitant, témoigne : « Ils roulent énormément vite. On fait attention parce qu’on sait qu’ils arrivent vite. » Ce constat est partagé par de nombreux usagers, dont des parents avec enfants et des joggers, qui craignent pour leur sécurité.

Le maire Thomas Cazenave, en poste depuis peu, a placé cette problématique au cœur de son mandat. Il déclare : « Quand je suis doublé sur une piste cyclable à 40 ou 50 km/h, je trouve que c’est très dangereux. » Son plan d’action se décline en trois volets : des contrôles de vitesse, des verbalisations systématiques et la confiscation des vélos débridés. Cette approche vise à restaurer la sécurité sur les voies cyclables, mais elle pourrait avoir des conséquences sur les livreurs qui dépendent de ces vélos pour travailler.

Un livreur a accepté de partager son expérience. Bien qu’il reconnaisse que débrider son vélo est illégal, il explique : « Normalement, je dois limiter à 25 km/h, mais j’ai limité à 30 km/h. » Cette décision, selon lui, est dictée par des impératifs économiques. En effet, les livreurs doivent souvent respecter des délais serrés imposés par les plateformes de livraison, ce qui les pousse à prendre des risques pour ne pas perdre de revenus.

Ce dilemme entre sécurité et survie économique est partagé par Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de la maison des livreurs à Bordeaux. Il admet la nécessité d’intervenir face à l’augmentation des accidents, mais il met en garde contre les tensions que pourraient engendrer ces contrôles. « Un livreur qui voit un contrôle et prend la fuite en pleine agglomération, c’est potentiellement pire qu’un vélo débridé qui roule en ligne droite », souligne-t-il.

La question de l’application de la loi reste complexe. Comment mesurer la vitesse d’un vélo sur une piste cyclable ? Les radars conventionnels ne sont pas adaptés. La police municipale pourrait devoir recourir à des contrôles manuels. De plus, la distinction entre un vélo légal et un vélo débridé peut être floue, ce qui complique encore la tâche des autorités.

En parallèle, des alternatives à la confiscation sont proposées par certains acteurs. La maison des livreurs suggère une saisie temporaire avec un retour à la conformité avant restitution. Cette approche pourrait permettre de ne pas pénaliser les travailleurs tout en agissant pour la sécurité routière.

Ce débat dépasse le cadre bordelais. Dans toutes les grandes villes de France, l’essor des vélos et trottinettes électriques soulève des questions similaires. Faut-il adopter des mesures strictes au risque d’aggraver la précarité des travailleurs ? Ou privilégier des solutions d’accompagnement ? Le bras de fer entre la sécurité routière et les réalités économiques des livreurs est loin d’être résolu.

À Bordeaux, les quais de la Garonne deviennent ainsi le théâtre d’un enjeu social et sécuritaire incontournable. Les prochaines semaines seront déterminantes pour établir un équilibre entre la sécurité des usagers et la réalité des travailleurs en milieu urbain.