À Rennes, Julien se reconstruit dans une colocation chrétienne de l’association Lazare

À Rennes, une initiative originale de l’association Lazare réunit sous le même toit d’anciens sans-abri et de jeunes actifs. Dans ce cadre bienveillant, Julien, un homme de 45 ans ayant connu la rue et la prison, tente de retrouver une vie stable et sereine.

EN BREF

  • Julien, ancien détenu, vit dans une colocation chrétienne à Rennes.
  • L’association Lazare réunit des sans-abri et des jeunes actifs pour favoriser la réinsertion.
  • 95 % des colocataires se déclarent heureux et 88 % notent une amélioration de leur santé.

Julien, avec ses grands yeux bleus et sa voix hésitante, témoigne d’une vie marquée par des épreuves difficiles. De la rue à la prison, il a traversé des moments sombres et aujourd’hui, dans la colocation de l’association Lazare, il trouve refuge et espoir. Cette maison bourgeoise, avec son jardin et son pigeonnier restauré, abrite seize personnes : huit hommes, huit femmes, provenant de milieux très différents.

« J’ai de la chance », répète Julien, qui s’efforce de ne pas retomber dans ses anciens démons, notamment l’alcool. Ce poison, qu’il décrit comme un moyen d’échapper à la douleur, reste un combat quotidien. Sa conversion religieuse en prison lui a offert un nouveau souffle. « Dieu m’a apaisé », confie-t-il, reconnaissant le rôle de la foi dans sa réhabilitation. À sa sortie de prison, un aumônier lui a ouvert les portes de cette colocation où il se sent enfin chez lui.

Une colocation au service de la réinsertion

La colocation de Lazare fonctionne sur le principe de la mixité entre personnes en situation de vulnérabilité et jeunes actifs. Théo, un jeune homme de 24 ans, témoigne de son expérience. Il a découvert l’association lors d’une maraude et a été séduit par l’idée de vivre avec des personnes ayant des parcours de vie différents. « C’est réservé aux actifs et pas aux étudiants, c’est un plus », explique-t-il, partageant son quotidien avec Julien.

Le modèle de Lazare repose sur des valeurs chrétiennes solides. Le fondateur de l’association, Étienne Villemain, proche du pape François, a même été à l’origine de la Journée mondiale des pauvres, qui attire l’attention sur la précarité. Les ressources de l’association proviennent principalement de dons privés, soulignant la générosité des particuliers et des entreprises. En 2025, les dons ont atteint plus de 7 millions d’euros, permettant de soutenir cette initiative.

Des défis à surmonter

Si l’idée de mélanger des jeunes actifs et des anciens sans-abri semble prometteuse, elle n’est pas sans difficultés. Le directeur du développement de l’association, Gratien Regnault, admet que des comportements inappropriés peuvent survenir. « Il y a eu des cas de personnes sans domicile fixe que l’on a dû exclure », précise-t-il, insistant sur la nécessité d’un engagement réciproque pour réussir cette expérience de vie commune.

Les colocataires, pour la plupart, s’efforcent d’améliorer leur situation. Julien, par exemple, a commencé à prendre soin de sa santé, adoptant une alimentation plus saine, malgré les défis financiers que cela implique. « C’est cher, mais ça passe par là », ironise-t-il. Sa volonté de se reconstruire est palpable, mais il reste conscient des dangers qui guettent, notamment l’appel de la rue et les anciennes fréquentations.

Malgré ces obstacles, les résultats sont encourageants. Selon le rapport d’activité de l’association, 95 % des colocataires se déclarent heureux, et 88 % notent une amélioration de leur santé. Cependant, les statistiques ne révèlent pas le parcours des anciens colocataires une fois partis, laissant une part d’incertitude sur leur avenir.

En définitive, l’expérience de Julien au sein de cette colocation chrétienne est un exemple de résilience et de solidarité. Avec le soutien de l’association Lazare, il travaille chaque jour à reconstruire sa vie, prouvant qu’un nouvel espoir est toujours possible, même après les épreuves les plus difficiles.