Le 24 mars 2023, l’Australie et l’Union européenne ont signé un nouvel accord commercial à Canberra, suscitant une réaction immédiate des agriculteurs européens. Alors que les négociations ont duré plusieurs années, les syndicats agricoles dénoncent des concessions jugées inacceptables. Cette situation met en lumière les tensions croissantes entre les impératifs commerciaux et les besoins des agriculteurs sur le vieux continent.
EN BREF
- Un nouvel accord commercial entre l’UE et l’Australie signé le 24 mars 2023.
- Les agriculteurs européens dénoncent des concessions inacceptables sur des produits sensibles.
- Ursula von der Leyen assure que l’accord sera bénéfique pour les entreprises européennes.
Ce nouvel accord, qui vise à dynamiser les échanges entre l’Australie et l’Union européenne, se heurte à une forte opposition de la part des principaux syndicats agricoles européens. Ils pointent du doigt les concessions inacceptables consenties par l’UE, notamment concernant des filières sensibles comme le bœuf, la viande ovine, le sucre et le riz. Le Copa-Cogeca, représentant des agriculteurs, a exprimé son mécontentement, soulignant que cette situation illustre une série noire pour l’agriculture européenne.
En réponse à ces critiques, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a défendu l’accord, le qualifiant de gagnant-gagnant. Elle a mis en avant les avantages immédiats qu’il offrirait aux entreprises européennes, notamment une économie d’un milliard d’euros sur les droits de douane. Cette déclaration s’inscrit dans une stratégie plus vaste de diversification commerciale de l’UE, confrontée à une concurrence accrue de la Chine et à des taxes douanières imposées par les États-Unis.
Depuis le début de l’année, l’UE a conclu plusieurs accords avec des pays tels que ceux du Mercosur en Amérique du Sud et l’Inde, dans le but de renforcer ses liens commerciaux. Ursula von der Leyen a qualifié ces accords de trilogie commerciale, visant à solidifier les positions de l’Europe sur la scène internationale.
Dans le cadre de cet accord, l’Australie et l’UE ont également convenu d’améliorer leur coopération en matière de défense et de faciliter l’accès européen aux minéraux critiques, tels que le lithium, essentiel pour la fabrication de batteries de véhicules électriques. L’Australie est désormais le troisième partenaire commercial de l’UE, avec des échanges de marchandises s’élevant à 37 milliards d’euros en 2022 et 31 milliards d’euros de services prévus pour 2024.
Malgré ces promesses, des points de friction subsistent. Les discussions autour de l’utilisation d’appellations géographiques européennes et l’accès du bétail australien au marché européen ont été particulièrement épineuses. Finalement, un compromis a été trouvé après huit ans de négociations. Les viticulteurs australiens pourront utiliser le terme « prosecco » sur le marché intérieur, mais devront le retirer de leurs exportations dans une décennie. En outre, l’Australie pourra continuer à utiliser certaines appellations, mais uniquement si elles sont en usage depuis plus de cinq ans.
Les secteurs automobile et laitier bénéficieront également d’un accès élargi. L’Australie a accepté de relever le seuil d’une taxe sur les véhicules de luxe, ce qui permettra à environ 75 % des véhicules électriques européens d’y échapper. La VDA, la fédération de l’industrie automobile allemande, a salué cette avancée comme offrant des perspectives considérables pour le secteur.
Les exportations de l’UE vers l’Australie devraient augmenter d’un tiers au cours de la prochaine décennie, avec une hausse notable de 50 % dans les secteurs des produits laitiers et de l’automobile. En revanche, le quota de bœuf australien autorisé sur le marché européen sera multiplié par plus de dix, mais il reste bien en deçà des attentes des agriculteurs australiens, déçus par le résultat des négociations. Le quota final est fixé à 30 600 tonnes, dont 55 % bénéficieront de l’exonération de droits de douane.
Ce nouvel accord doit encore être approuvé par les États membres de l’UE et le Parlement européen. L’UE espère éviter une nouvelle levée de boucliers des agriculteurs, après les mobilisations qui avaient suivi le traité avec le Mercosur, dont la manifestation massive à Bruxelles en décembre dernier reste dans les mémoires.