En septembre 2024, à Jacksonville, en Floride, une scène troublante s’est déroulée dans une maternité. Cherise Doyley, en plein travail, se retrouve face à un juge sur une tablette, alors qu’elle plaide pour éviter une césarienne. Cette situation, à la limite du surréaliste, soulève des questions fondamentales sur les droits des patientes dans un contexte médical tendu.
EN BREF
- Une mère doit plaider pour un accouchement naturel en plein travail.
- Un juge autorise une césarienne sans consentement en cas d’urgence.
- Les droits des patientes sont remis en question dans certaines législations américaines.
Cherise Doyley, âgée de 34 ans, est doula, un métier qui l’amène à accompagner des femmes durant leur accouchement. Pour sa quatrième grossesse, elle espérait un accouchement vaginal après césarienne (AVAC), une option que les médecins de l’University of Florida Health contestent en raison du risque de rupture utérine. Malgré ses précédentes césariennes, Cherise est déterminée à tenter la voie naturelle, mais ses médecins insistent sur une nouvelle intervention chirurgicale.
Le travail avance, mais après douze heures d’efforts, une tablette est apportée à son lit. Sur l’écran, un juge, des avocats et des médecins se préparent à prendre une décision à son sujet. Cherise, sous péridurale et en pleine contraction, se trouve alors seule pour défendre son choix médical. « C’est la chose la plus folle que j’aie jamais vue », avoue-t-elle plus tard à ProPublica.
Le juge lui explique que l’État de Floride a été saisi pour autoriser une césarienne, si nécessaire, dans l’intérêt du bébé à naître. Cherise doit justifier son refus d’une opération qu’elle considère comme une menace pour sa propre vie et celle de ses autres enfants. « J’ai toujours des droits en tant que citoyenne américaine et en tant que patiente », déclare-t-elle avec force.
Une question cruciale émerge alors : « Ils vont m’attacher et me faire une césarienne contre ma volonté ? » Le silence qui suit cette interrogation est pesant, laissant présager une issue incertaine. Plusieurs heures de débat s’écoulent, le juge ne lui impose pas immédiatement la césarienne, mais il autorise l’hôpital à pratiquer l’opération sans son accord en cas d’urgence.
La nuit suivante, la situation s’aggrave : le rythme cardiaque du bébé se dégrade. Les médecins déclenchent alors la procédure de césarienne. Bien que Cherise et sa fille survivent, elle reste marquée par cette expérience traumatisante. « Quand on utilise les tribunaux pour forcer quelqu’un à subir une procédure médicale contre sa volonté, c’est de la torture », affirme-t-elle.
Ce cas n’est pas isolé. Aux États-Unis, la législation permet aux hôpitaux de demander une intervention judiciaire lorsque des femmes enceintes refusent des traitements jugés nécessaires pour le fœtus. Ce phénomène soulève des interrogations sur la priorité des droits des patientes par rapport à ceux des bébés à naître.
De nombreuses sociétés médicales, comme l’American College of Obstetricians and Gynecologists, s’élèvent contre ces pratiques, affirmant qu’elles vont à l’encontre du principe de consentement éclairé. En Europe, les lois sont plus strictes : les actes médicaux doivent reposer sur le dialogue et le consentement de la patiente, sauf en cas d’urgence vitale. Ainsi, un jugement tel que celui vécu par Cherise Doyley serait impensable dans des pays comme la France ou l’Allemagne.
Ce récit soulève des questions fondamentales sur la protection des droits des femmes dans le cadre de la maternité, tout en révélant des disparités entre les systèmes juridiques. Cherise Doyley, en tant que professionnelle de la naissance, savait ce qu’elle voulait et a été obligée de se justifier devant un tribunal. Un an après ces événements, elle continue de dénoncer une situation qui dépasse largement les frontières américaines : lorsque la justice entre dans la salle de naissance, qui protège réellement la mère et l’enfant ?