Jean-Louis Thierry, expert en géopolitique, souligne une tendance alarmante dans le paysage international : depuis 2008, avec la guerre en Géorgie, nous assistons non pas à une succession de crises, mais à une accumulation de celles-ci. Ce phénomène témoigne d’un monde néo-impérialiste où le droit international perd de son pouvoir face aux ambitions des grandes puissances. La Russie, avec des déclarations du porte-parole de Vladimir Poutine affirmant que « la guerre est notre monde », n’est qu’un exemple parmi d’autres, tel le désir de l’entourage de Donald Trump de recoloniser des nations incapables de s’auto-administrer.
EN BREF
- Accélération des crises internationales depuis 2008, marquée par le néo-impérialisme.
- La France, bien qu’elle ait une responsabilité unique, doit agir en tant que puissance géopolitique dans une Europe unifiée.
- Une armée ukrainienne forte est essentielle pour la sécurité de l’Europe face aux tensions persistantes.
Face à cette situation, le défi pour la France est clair : il s’agit d’assumer son rôle de puissance tout en œuvrant pour devenir un acteur géopolitique influent, sans recourir à l’impérialisme. Thierry met l’accent sur la nécessité d’une européanisation de l’OTAN, tout en reliant cette puissance à la prospérité économique par des investissements stratégiques, essentiels selon le rapport Draghi. Il souligne qu’il est crucial de lutter contre la dépendance numérique pour garantir l’autonomie de l’Europe.
La question se pose alors : est-ce vraiment la France ou l’Europe qui doit diriger cette dynamique ? Thierry répond qu’il est indéniable que l’Europe doit être forte, mais avec une France qui porte une responsabilité singulière. En tant que puissance dotée de l’arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France est en mesure de peser dans les décisions stratégiques. Il ajoute que, dans le domaine de la defense, les nations doivent collaborer sans nécessairement dépendre de lourdes structures communautaires.
Au sujet de la coalition des volontaires mise en avant récemment par le président de la République, Thierry la considère non seulement comme symbolique, mais comme une nécessité. Il souligne que la sécurité de l’Europe dépend fortement de la situation en Ukraine, notamment le long du Dniepr. Pour Thierry, il est impératif que toute détente future soit soutenue par une armée ukrainienne solide, renforcée par un soutien européen. Cela demeure essentiel pour éviter un statu quo dangereux en Europe.
Il interroge également le rôle de l’Europe dans la stratégie de défense, notamment face aux États-Unis. Les choix de certains pays européens, comme le Danemark, vis-à-vis de leur armement, illustrent bien la complexité de cette posture. Thierry met en garde : acheter des avions américains ne garantit pas un traitement amical, et une dépendance excessive peut nuire à l’autonomie stratégique de l’Europe.
Alors que de nouvelles tensions géopolitiques apparaissent, notamment avec des pays comme le Venezuela ou l’Iran, Thierry insiste sur l’urgence pour l’Europe de prendre en main son destin. À l’horizon 2026, il annonce une année décisive, qui pourrait déterminer la place de l’Europe dans un monde de plus en plus hostile. Selon lui, si les Européens n’agissent pas de manière proactive, ils risquent de devenir de simples spectateurs, perdant ainsi leur influence dans le concert des nations.
Quant à l’image perçue de l’engagement français en Ukraine, Thierry est clair : cela ne doit pas être confondu avec une mission de combat. La France et ses alliés européens ne visent pas à engager des soldats dans un conflit direct, mais plutôt à rassurer une Ukraine qui se trouve dans une position délicate. Un risque mesuré est à prendre, mais il pourrait se révéler moins coûteux en termes de ressources et de vies humaines que d’attendre une Russie renforcée à la frontière polonaise.
La situation actuelle nécessite une perception collective des enjeux. Une armée ukrainienne soutenue par des forces régionales pourrait stabiliser la situation. Ainsi, les puissances nucléaires européennes, telles que la France et le Royaume-Uni, ont un rôle crucial à jouer, garantissant un équilibre sur le continent.
En définitive, la route est parsemée d’embûches et de choix stratégiques lourds de conséquences. Pour Thierry, l’incapacité à s’adapter à ce nouveau monde ne pourrait signifier qu’une seule chose : une Europe soumise, à la merci des grandes puissances qui redéfinissent sans cesse leurs ambitions.
