Action de Greenpeace à Dunkerque contre l’importation d’uranium russe

Ce lundi matin, des militants de Greenpeace ont orchestré une action spectaculaire dans le port de Dunkerque pour dénoncer le commerce d’uranium entre la France et la Russie. Pendant cinq heures, un cargo, le Mikhail Dudin, a été bloqué, entraînant l’intervention des forces de l’ordre.

EN BREF

  • Quatre militants de Greenpeace ont été placés en garde à vue après le blocage d’un cargo.
  • Greenpeace dénonce le commerce d’uranium entre la France et la Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.
  • Des données montrent que le cargo a effectué plus de 20 voyages entre Dunkerque et plusieurs ports russes depuis 2022.

Selon la police, l’action a commencé à 04H10 et s’est terminée à 09H10. Douze militants ont été interpellés sans incident majeur. Parmi eux, quatre personnes, dont trois femmes et un homme de nationalités allemande, autrichienne et néerlandaise, ont été placées en garde à vue. Les autres militants, de nationalités française, allemande et belge, ont été relâchés après avoir été entendus.

Le blocage visait à empêcher le Mikhail Dudin de décharger sa cargaison, suspectée d’être de l’uranium en provenance de Russie. Des membres de Greenpeace se sont enchaînés sur une écluse pour bloquer l’accès, brandissant des banderoles avec des slogans tels que « Uranium: EDF aime Poutine » et « Stop aux contrats toxiques », ainsi que des messages de solidarité avec les Ukrainiens.

Greenpeace a observé le déchargement de 40 conteneurs d’uranium naturel, ainsi que d’autres conteneurs d’uranium enrichi, qui ont été expédiés par train et camion. Cette situation soulève des questions sur la continuité des contrats entre l’industrie nucléaire française et la Russie, malgré les sanctions imposées à Moscou après l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France, a déclaré :

« Ce commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine doit cesser. »

L’ONG appelle à une plus grande transparence concernant les échanges d’uranium entre la France et la Russie, jugeant que l’opacité actuelle est inacceptable.

Les entreprises françaises, telles qu’EDF et Orano, ont réagi à cette situation. EDF a choisi de ne pas commenter les événements récents, tandis qu’Orano a affirmé ne pas être impliqué dans des contrats avec des entreprises russes pour l’achat ou la vente d’uranium. Cependant, elle a indiqué que des clients étrangers acheminent de l’uranium naturel du Kazakhstan vers la France, en décidant de la route à emprunter.

Les données de navigation du Mikhail Dudin révèlent que ce cargo a réalisé plus de 20 voyages entre Dunkerque et plusieurs ports russes depuis le début de l’invasion. Un autre cargo, le Baltiyskiy-202, a également effectué plus de 15 allers-retours sur cette même période, soulevant des préoccupations quant à la chaîne d’approvisionnement de l’uranium en France.

En 2025, la France a importé au moins 112 tonnes d’uranium enrichi en provenance de Russie, représentant un quart de ses achats. Bien que la France ne dépende pas directement de la Russie pour l’uranium naturel, une part significative de ses approvisionnements provient d’ex-républiques soviétiques comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.

Enfin, Greenpeace a signalé qu’elle avait observé un cas d’exportation d’uranium de retraitement vers la Russie, une première en plus de trois ans. Cette situation soulève des interrogations sur l’éthique des échanges d’uranium et sur le rôle de la France dans ce commerce international, surtout en période de tensions géopolitiques.