Adoption imminente d’un projet de loi sur la lutte contre les fraudes sociales et fiscales

Ce mardi, 27 janvier 2026, l’AssemblĂ©e nationale se prĂ©pare Ă  adopter en premiĂšre lecture un projet de loi controversĂ© visant Ă  lutter contre les fraudes sociales et fiscales. Cette initiative, qui a suscitĂ© des dĂ©bats animĂ©s, met en lumiĂšre les divergences profondes entre les partis politiques, notamment entre la majoritĂ© et la gauche.

EN BREF

  • Le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales sera votĂ© en premiĂšre lecture.
  • La gauche critique le texte, le qualifiant d’acharnement contre les plus prĂ©caires.
  • Un objectif de 1,5 milliard d’euros de recouvrement est visĂ© par l’exĂ©cutif.

Initialement prĂ©vu pour la semaine prĂ©cĂ©dente, le vote a Ă©tĂ© repoussĂ© en raison de manƓuvres d’obstruction de la part des groupes de gauche. Ces derniers ont exprimĂ© leurs inquiĂ©tudes face Ă  des mesures jugĂ©es excessives, notamment celles qui pourraient entraĂźner un « flicage » des personnes les plus vulnĂ©rables. Le dĂ©putĂ© LFI Louis Boyard a ainsi dĂ©noncĂ© la possibilitĂ© de suspendre les allocations chĂŽmage sur simple suspicion de fraude.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a soutenu des amendements proposĂ©s par l’opposition visant Ă  garantir un montant minimal d’allocation pour les bĂ©nĂ©ficiaires. Ce soutien montre la complexitĂ© des discussions, oĂč des concessions sont nĂ©cessaires pour parvenir Ă  un consensus.

Une lutte ciblée sur la fraude sociale

Les dĂ©bats ont mis en exergue le dĂ©saccord fondamental sur la prioritĂ© accordĂ©e Ă  la fraude sociale par rapport Ă  la fraude fiscale. Selon des estimations, la fraude sociale reprĂ©senterait environ 13 milliards d’euros, alors que la fraude fiscale serait Ă©valuĂ©e entre 80 et 100 milliards d’euros. La dĂ©putĂ©e socialiste Sandrine Runel a fait part de son indignation face Ă  cette disproportion, affirmant que « plus de deux tiers des articles de ce projet de loi sont consacrĂ©s Ă  la fraude sociale ».

Le gouvernement, de son cĂŽtĂ©, insiste sur le fait que lutter contre la fraude est un devoir rĂ©publicain. Il souligne que la moitiĂ© de la fraude sociale concerne les cotisations, souvent liĂ©es au travail dissimulĂ©, ce qui implique Ă©galement les entreprises. Pour renforcer les moyens de contrĂŽle, le texte propose la crĂ©ation d’une procĂ©dure de « flagrance sociale » permettant de saisir conservatoirement les actifs d’une entreprise suspectĂ©e de travail non dĂ©clarĂ©.

Des mesures controversées

Le projet, qui a Ă©voluĂ© au fil des discussions, inclut plusieurs mesures visant Ă  mieux rĂ©guler divers secteurs. Il prĂ©voit, par exemple, de s’attaquer Ă  l’inflation des arrĂȘts maladie en interdisant leur prescription par tĂ©lĂ©mĂ©decine. De plus, les entreprises de transport de patients devront dĂ©sormais Ă©quiper leurs vĂ©hicules de dispositifs de gĂ©olocalisation.

En rĂ©ponse aux inquiĂ©tudes formulĂ©es par les mĂ©decins libĂ©raux sur la « mise sous objectifs » par l’Assurance maladie, un amendement a Ă©tĂ© adoptĂ© pour supprimer cette obligation, qui visait Ă  encadrer les prescriptions d’arrĂȘts de travail excessives.

Lors des dĂ©bats, certaines mesures particuliĂšrement sensibles ont Ă©tĂ© retirĂ©es, comme l’accĂšs de France Travail aux donnĂ©es des compagnies aĂ©riennes pour mieux dĂ©tecter les fraudes. Cependant, la gauche a rĂ©ussi Ă  faire adopter un article permettant une plus grande judiciarisation des dossiers de fraude fiscale, une dĂ©cision qui a Ă©tĂ© critiquĂ©e par le ministre des Comptes publics, David Amiel, qui a Ă©voquĂ© un risque d’engorgement des tribunaux.

Le projet de loi, une fois votĂ©, devra ĂȘtre examinĂ© par une commission mixte paritaire afin de concilier les points de vue des deux chambres. Ce processus marque une Ă©tape cruciale dans la quĂȘte de l’exĂ©cutif pour renforcer la lutte contre les fraudes, tout en naviguant dans un paysage politique clivĂ©.