Affaire Athanor : un procès complexe impliquant francs-maçons et crimes divers

Un procès hors du commun se déroule actuellement devant la cour d’assises de Paris, mettant en lumière une affaire qui pourrait inspirer des scénaristes en quête d’un prochain succès télévisé. Depuis le 30 mars, vingt-deux personnes, âgées de 30 à 73 ans, sont jugées pour des crimes allant jusqu’à l’assassinat, tous fomentés dans l’ombre d’une loge maçonnique nommée Athanor.

EN BREF

  • Vingt-deux accusés sont jugés pour des crimes liés à la loge Athanor.
  • Treize d’entre eux risquent la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Le procès doit durer trois mois et demi, révélant une affaire tentaculaire.

Le procès a débuté par une première journée consacrée aux aspects techniques. Cependant, les audiences sont désormais entrées dans le vif du sujet, dévoilant les détails d’une affaire à la fois invraisemblable et inquiétante. Parmi les accusés, treize font face à des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité, y compris un ancien membre des services de renseignement, deux policiers et quatre militaires.

C’est l’histoire de Marie-Hélène Dini qui a ouvert la boîte de Pandore. Le 24 juillet 2020, elle quitte son appartement à Créteil, un peu en retard pour aller travailler, ce qui lui sauvera la vie. Deux militaires, Carl Esnault et Pierre Bourdin, attendent en bas de chez elle, dans une voiture volée. Les policiers de la Brigade anticriminalité, alertés par un voisin, interceptent les deux hommes. Ils prétendent agir pour la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et sont en mission contre un agent du Mossad. En réalité, ils sont simplement gardiens à la base de Cercottes, dans le Loiret.

Marie-Hélène Dini n’est pas une espionne, mais la dirigeante d’un syndicat des métiers du coaching. Son engagement pour une meilleure réglementation dans ce secteur a attiré l’attention de Jean-Luc Bagur, le vénérable maître de la loge maçonnique Athanor, qui a alors décidé de la faire neutraliser. Pour 70 000 euros, il confie la mission à Frédéric Vaglio, un autre membre de la loge, entrepreneur dans la sécurité.

Au cœur de cette machination se trouve Daniel Beaulieu, un retraité de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), désormais devenu DGSI. À 72 ans, il agit comme un intermédiaire pour les opérations criminelles, qui vont de l’agression à l’assassinat. Parmi ces crimes figure celui de Laurent Pasquali, un pilote automobile abattu en novembre 2018 pour des motifs financiers.

Daniel Beaulieu se voit entouré d’une équipe d’exécuteurs, dont Sébastien Leroy, qui a reconnu avoir participé à plusieurs des crimes. Leroy admet avoir recruté les militaires impliqués dans la tentative d’assassinat de Dini. Au cours de sa garde à vue, il évoque entre 10 et 20 assassinats, dont celui d’un ambassadeur chinois en Israël, persuadé d’agir pour le bien de l’État.

Les avocats des victimes soulignent l’ampleur des responsabilités de chacun dans cette affaire. Me Jean-William Vezinet, représentant Marie-Hélène Dini, insiste sur le fait que chaque protagoniste doit être tenu pour responsable de ses actes. Me Sandrine Pégand, avocate de la famille de Laurent Pasquali, a également exprimé son souhait d’obtenir des éclaircissements sur les implications de chaque individu dans cette affaire complexe.

Une mission de la cellule criminelle n’a pas eu le temps de se concrétiser : celle visant Hassan Touzani, un syndicaliste CGT et « gilet jaune », dont les employeurs, à la tête d’une usine de plastique de l’Ain, ont été également renvoyés devant la cour d’assises. Ces derniers ont reconnu avoir payé 80 000 euros pour faire assassiner leur employé, témoignant ainsi de l’ampleur des enjeux financiers et personnels qui ont conduit ces individus à planifier de tels crimes.

Ce procès, qui s’étendra sur trois mois et demi, est un révélateur d’une face sombre de la société, où des liens entre institutions, secret maçonnique et criminalité s’entrelacent. Alors que les audiences se poursuivent, il devient crucial de comprendre la dynamique de ce réseau tentaculaire et les motivations profondes de chacun des acteurs impliqués.