Le débat sur les violences numériques prend une nouvelle tournure en Allemagne avec l’affaire Collien Fernandes, actrice et animatrice TV. Dans une déclaration poignante, elle a décidé de porter plainte contre son ex-mari, Christian Ulmen, pour des faits graves d’agression, usurpation d’identité et diffamation. À l’origine de cette action, la création de deepfakes à caractère sexuel, utilisant son image sans son consentement.
EN BREF
- Collien Fernandes porte plainte contre son ex-mari pour des deepfakes sexuels.
- Des vidéos humiliantes circulent sur Internet depuis plusieurs années.
- Le gouvernement allemand envisage de criminaliser la création de deepfakes.
Les mots « Tu m’as violée virtuellement », publiés en Une de l’hebdomadaire Der Spiegel, illustrent la douleur et l’humiliation subies par Fernandes. Elle a mis des années à identifier les responsables de la diffusion de ces vidéos pornographiques, souvent sans se douter que son ex-conjoint en était l’auteur. Ce dernier a, en effet, admis avoir créé de faux profils en usurpant son identité sur des plateformes en ligne.
Collien Fernandes, âgée de 44 ans, a découvert ces contenus dégradants en 2021. Ces vidéos, qui la montrent dans des poses explicites, ont circulé sur des sites illicites, atteignant même certaines personnalités de l’audiovisuel allemand. Ce harcèlement en ligne l’a poussée à dénoncer publiquement les violences numériques dont elle est victime, en produisant un documentaire pour la chaîne ZDF afin de sensibiliser le public à ce phénomène.
La décision de porter plainte en 2024 fait suite à la publication d’une vidéo qui a généré plus de 270 000 vues. Face à la crainte des enquêteurs de retrouver sa trace, Christian Ulmen a finalement reconnu ses actes, mais les accusations de son ex-femme vont bien au-delà des simples deepfakes. Elle évoque des violences psychologiques et physiques qui auraient marqué leur relation durant quinze ans de mariage, une séparation qui s’est officialisée en 2025.
Ce scandale ébranle l’Allemagne, certains médias n’hésitant pas à le comparer à l’affaire de Gisèle Pelicot, une femme qui a été droguée et violée par plusieurs hommes à son domicile. Ces deux affaires soulèvent des questions cruciales sur la protection des individus face aux nouvelles technologies et aux violences numériques.
Le gouvernement allemand a pris conscience de l’urgence de la situation. Le porte-parole du ministère de la Justice, Eike Hosemann, a indiqué que le droit pénal doit évoluer pour s’adapter aux enjeux posés par les deepfakes. Une nouvelle législation est en cours d’élaboration pour criminaliser ces actes, qui portent atteinte à la dignité et à la vie privée des individus.
En parallèle, Collien Fernandes continue de se battre pour faire entendre sa voix et sensibiliser le public aux dangers des deepfakes. Son expérience met en lumière les conséquences dévastatrices de ces technologies sur la vie des personnes ciblées. Alors que la société avance vers une régulation plus stricte, il est essentiel que chacun prenne conscience des implications de ces nouvelles pratiques, tant sur le plan judiciaire que sur le plan humain.
Cette affaire, qui ne laisse personne indifférent, rappelle la vulnérabilité des individus face aux abus d’une technologie qui, bien qu’innovante, peut également être détournée à des fins malveillantes. Le parcours de Collien Fernandes est un appel à la vigilance et à la protection des droits des victimes de violences numériques.