Affaire Patrick Bruel : nouvelles plaintes à l’horizon, selon l’avocate de Flavie Flament

Le chanteur Patrick Bruel, qui devait célébrer ses trente ans de carrière, se retrouve plongé dans une tempête judiciaire sans précédent. Treize femmes ont déposé des plaintes pour violences sexuelles à son encontre, entraînant l’annulation de plusieurs concerts au Canada et une pétition signée par plus de 20 500 personnes, exigeant l’annulation de sa tournée. Entre présomption d’innocence et témoignages accablants, l’affaire soulève des questions cruciales sur la prise en charge des violences sexuelles dans le monde du spectacle.

EN BREF

  • Treize femmes portent plainte contre Patrick Bruel pour violences sexuelles.
  • Des concerts au Canada annulés, une pétition dépasse 20 500 signatures.
  • Le principe de sérialité pourrait rouvrir des affaires prescrites.

Tout a débuté le 18 mars, lorsque Mediapart a publié les témoignages de huit femmes accusant Patrick Bruel de violences sexuelles, des faits remontant entre 1992 et 2019. Par la suite, le 14 avril, le magazine ELLE a relayé quatre nouveaux récits, renforçant ainsi la portée de ces accusations. Le 15 mai, Flavie Flament a annoncé avoir déposé plainte pour viol, affirmant avoir été agressée en 1991 à l’âge de 16 ans. Son récit décrit une situation troublante où, après avoir bu un thé chez Bruel, elle se serait réveillée dans son lit, sans souvenirs de ce qui s’était passé.

Deux des plaintes concernent des faits sur mineures, dont une jeune bénévole de 15 ans lors de l’US Open de 1992. Les révélations se sont succédé, avec la réouverture de six anciennes plaintes classées sans suite entre 2020 et 2022 par le parquet de Nanterre.

Les répercussions professionnelles ont été rapides. Au Canada, la société Gestev a annoncé la suspension indéfinie des trois concerts prévus en décembre au Théâtre Capitole de Québec, citant « le contexte actuel et l’impossibilité d’en assurer la promotion ». Les spectateurs seront remboursés, tandis que les concerts de Montréal restent pour l’instant programmés.

En France, la tournée anniversaire « Alors Regarde », prévue sur 58 dates dans 47 villes à partir du 16 juin, n’est pas officiellement menacée. Jean-François Périlhou, maire de Vaison-la-Romaine, a affirmé que « le spectacle est programmé et a vocation à avoir lieu ». Néanmoins, la pression monte, avec une pétition soutenue par plusieurs personnalités, dont les actrices Anna Mouglalis et Corinne Masiero, ainsi que la chanteuse Pomme. Cette pétition a désormais dépassé les 20 500 signatures.

L’avocat de Patrick Bruel, Me Christophe Ingrain, a maintenu que son client « est présumé innocent » et qu’il peut poursuivre son travail d’artiste comme n’importe qui. Dans cette affaire complexe, la question de la prescription est centrale. Le délai est de dix ans pour les agressions sexuelles et de trente ans pour les viols, ce dernier délai commençant à partir de la majorité si la victime était mineure.

Cependant, plusieurs plaintes, dont celle de Flavie Flament, dépassent ces délais théoriques. Les avocates des plaignantes s’appuient sur un argument clé : la sérialité. Ce principe juridique permet de redynamiser une affaire prescrite si l’auteur présumé est mis en cause pour des faits de même nature non prescrits. Un précédent dans l’affaire PPDA a démontré que l’instruction pouvait se poursuivre, même en cas de prescription.

Me Corinne Herrmann, l’avocate de Flavie Flament, a souligné que « ce sera aux juges d’instruction de trancher » sur cette question cruciale. De son côté, Patrick Bruel a nié avec force ces accusations. Dans un message publié sur Instagram le 17 mai, il a déclaré : « Jamais je n’ai forcé une femme. Jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit. » Il évoque des relations « pleinement consenties » pour certains faits, contestant les versions présentées.

Alors que treize plaignantes s’expriment, que des enquêtes sont rouvertes et que des concerts sont annulés, l’affaire Patrick Bruel ne fait que commencer sur le plan judiciaire. La question de la sérialité pourrait redessiner les contours de la prescription relative aux violences sexuelles en France.