Le 28 juillet 2023, l’affaire Patrick Bruel prend une nouvelle tournure avec le dépôt de deux nouvelles plaintes à l’encontre du chanteur, accusé de viol et d’agression sexuelle. Mediapart révèle des témoignages poignants de victimes, dont une actrice qui explique pourquoi elle n’a pas pu parler plus tôt.
EN BREF
- Deux nouvelles plaintes contre Patrick Bruel pour viol et agression sexuelle.
- Une actrice témoigne de pressions et de difficultés à parler.
- Le mouvement MeToo a encouragé certaines victimes à se manifester.
Depuis plusieurs mois, Patrick Bruel est au cœur d’une affaire qui ne cesse de s’amplifier. Le chanteur de 67 ans fait face à une trentaine d’accusations, dont six plaintes pour des faits allant du viol à l’agression sexuelle. Mis en examen dans quatre dossiers et considéré comme témoin assisté dans d’autres, Bruel maintient sa position de non-culpabilité. Ses avocats insistent sur le fait que seule l’autorité judiciaire peut établir la vérité dans cette affaire, souvent entourée d’un bruit médiatique assourdissant.
Ce bruit, cependant, est perçu comme l’unique moyen pour certaines victimes de faire entendre leur voix. Parmi elles, une jeune femme se faisant appeler Zoé, a décidé de témoigner. Elle évoque sa rencontre avec le chanteur sur le tournage du film Ô Jérusalem en 2005. Au cours d’un dîner, elle confie à Bruel sa peine suite à une rupture amoureuse. Selon elle, la conversation ne laissait pas présager ce qui allait se produire par la suite.
« Je n’avais pas du tout l’impression d’être en situation de drague », raconte-t-elle. Pourtant, après le dîner, dans le hall de l’hôtel, Patrick Bruel l’aurait poussée contre les murs des ascenseurs et l’aurait embrassée. « J’étais tellement choquée… Je devais le repousser pour qu’il s’arrête », se souvient-elle. Ce moment n’était que le début d’une série de pressions, dont elle a tenté de se libérer.
Elle rapporte avoir reçu plusieurs appels de Bruel, insistant pour qu’elle le rejoigne dans sa chambre d’hôtel, ignorant son refus. « Il ne comprenait pas le ‘non’ », affirme Zoé, soulignant la difficulté qu’elle a eue à se défendre face à une telle pression. Sa vie durant le tournage s’est transformée en une véritable épreuve, où elle devait constamment éviter de se retrouver seule avec lui, créant une atmosphère de stress permanent.
« J’étais mal à l’aise et stressée. Je faisais tout pour ne jamais être seule avec lui », confie-t-elle. Malgré cela, elle n’a jamais osé dénoncer les faits, se sentant insignifiante et impuissante devant la célébrité de Bruel. « Lui était une star, il avait du pouvoir. Moi, j’étais une actrice en bas de l’échelle. Je ne pouvais pas parler », explique-t-elle, avec une résignation palpable.
Le mouvement MeToo a été un tournant pour elle. « J’ai ressenti un électrochoc. J’ai décidé de parler, mais je ne savais pas comment le faire », raconte Zoé. Elle a appelé ses avocats après avoir entendu des témoignages similaires dans l’émission de Mediapart en mai. Finalement, elle a déposé plainte le 16 juillet dernier, dénonçant Patrick Bruel pour agression sexuelle et exhibition sexuelle.
Cette affaire, qui continue de faire couler beaucoup d’encre, rappelle la complexité des dynamiques de pouvoir dans le milieu du spectacle. Les témoignages de victimes, comme celui de Zoé, soulignent l’importance d’écouter et de croire celles qui prennent la parole, souvent après des années de silence.