Dans un rapport présenté ce mercredi au Sénat, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme concernant les aides d’État accordées à la filière automobile. Entre 2018 et 2024, ces aides, qui ont totalisé 18 milliards d’euros, n’ont pas réussi à enrayer le déclin de l’industrie, ni à atteindre les objectifs ambitieux de production de véhicules électriques.
EN BREF
- 18 milliards d’euros d’aides d’État entre 2018 et 2024, sans résultat probant.
- Les ménages modestes devraient être priorisés pour les primes à l’achat.
- La production de véhicules électriques est loin des objectifs fixés pour 2030.
La Cour des comptes souligne que les aides sont trop dispersées et ne répondent pas aux besoins actuels du marché. Parmi ces 18 milliards d’euros, 9,4 milliards ont été attribués sous forme d’aides à la demande, telles que la prime à la conversion et le bonus écologique, bénéficiant à près de 2,4 millions de Français. De plus, 8,2 milliards ont été destinés aux entreprises, comprenant des subventions et des allégements fiscaux.
Malgré ces efforts financiers, les résultats sont décevants. Les ventes de véhicules neufs en France ont chuté, avec seulement 1,6 million d’unités écoulées en 2025, contre 2,2 millions en 2019. La production a également connu un recul dramatique de 59 % entre 2000 et 2024. Ces chiffres illustrent un déclin préoccupant dans un secteur déjà fragilisé par la montée en puissance des concurrents chinois.
La présidente de la première chambre de la Cour des comptes, Carine Camby, a exprimé ses inquiétudes quant à l’objectif de 40 % de véhicules électriques en 2027, le qualifiant de « vraisemblablement inatteignable ». En 2024, seulement 180 000 véhicules électriques et 300 000 hybrides ont été produits, alors que France 2030 vise la production de 2 millions de véhicules électriques d’ici 2030.
Pour remédier à cette situation, le rapport préconise de réserver les primes à l’achat de véhicules électriques exclusivement aux ménages modestes et à la classe moyenne. Actuellement, la prime s’élève à 3 500 euros pour tous, 4 700 euros pour les ménages modestes « non précaires » et 5 700 euros pour les ménages en situation de précarité.
En 2024, parmi les 205 000 voitures électriques neuves achetées, 83 % ont reçu un soutien financier totalisant 1,25 milliard d’euros. Cependant, il est à noter que 56 % des véhicules soutenus ont concerné des ménages des déciles les plus riches. De plus, 16 % des cas impliquaient des véhicules dont le prix se situait entre 46 000 euros et le plafond de 47 000 euros, remettant en question l’efficacité des aides.
La sénatrice Christine Lavarde, rapporteuse spéciale, a exprimé des doutes quant à l’impact d’une aide de 1 000 euros sur un véhicule coûtant 47 000 euros. Cette réflexion soulève des questions sur la pertinence et l’efficacité des dispositifs d’aide actuels, qui semblent bénéficier davantage aux ménages les plus aisés.
Cette analyse de la Cour des comptes met en lumière la nécessité de repenser les aides accordées à l’automobile, afin d’orienter les ressources vers ceux qui en ont le plus besoin, tout en redynamisant une industrie en déclin. La transition vers une automobile plus propre et plus accessible pour tous dépendra de la capacité des pouvoirs publics à ajuster leur stratégie d’aide.