Alors que le mois de février s’étire, le potager semble en sommeil. La terre est froide, le ciel est gris, et l’on se résigne à attendre jusqu’en juin pour savourer les premières fraises du jardin. Pendant ce temps, les étals des supermarchés sont garnis de barquettes provenant de lointaines contrées. Pourtant, les jardiniers d’autrefois avaient une méthode simple pour devancer la nature : un abri en verre qui leur permettait de récolter des fraises dès le mois d’avril, bien avant leurs voisins restés fidèles au calendrier des Saints de Glace.
EN BREF
- Des fraises récoltées dès avril grâce à des techniques anciennes.
- Un abri en verre qui crée un microclimat favorable.
- Des variétés spécifiques de fraisiers pour une récolte précoce.
Cette avance sur la saison peut faire toute la différence sur le marché, mais elle intéresse surtout les jardiniers désireux de cultiver des fruits savoureux, moins soumis aux pesticides, et de gagner en autonomie. Comment reproduire cette technique chez soi ? La réponse réside dans la compréhension du microclimat créé par un abri en verre.
À partir de février, la durée du jour s’allonge, et cette lumière croissante est un signal essentiel pour les fraisiers, plus que la température extérieure. Sous une vitre, les rayons du soleil réchauffent rapidement le sol, qui, à son tour, retient cette chaleur. Ainsi, même par une journée à 5 °C, on peut atteindre facilement 15 à 20 °C sous un châssis ensoleillé. Ce différentiel de température stimule la végétation et favorise le développement des boutons floraux.
Les manuels d’horticulture du XIXe siècle recommandaient déjà d’installer des coffres et châssis sur les fraisiers dès la fin février, permettant ainsi d’avancer la cueillette de plusieurs semaines, parfois jusqu’à deux mois et demi. La mise en œuvre est relativement simple : quelques planches en bois non traité, de préférence en douglas ou en mélèze, une vieille fenêtre, une légère pente orientée plein sud, et des côtés suffisamment étanches pour bloquer le vent froid.
Il est crucial que le sol sous cet abri soit drainant et riche. Un apport de 2 à 3 kg de compost bien décomposé par mètre carré permet d’assombrir la surface, d’améliorer la fertilité et d’accumuler la chaleur. Un pH entre 5,5 et 6,5 est idéal. Une fois que le sol atteint environ 12 °C, il est temps d’installer ou de réveiller des variétés comme la Gariguette et la Ciflorette.
Ces fraisiers, dits non remontants et de jours courts, sont naturellement programmés pour fleurir dès la sortie de l’hiver. Sous abri, ils peuvent offrir des fraises dès avril. Pour prolonger la saison, il est conseillé de planter des variétés remontantes comme la Mara des Bois, la Charlotte ou la Cirafine. La gestion du châssis nécessite une attention quotidienne : il faut l’entrebâiller dès que la température intérieure dépasse 10 à 12 °C le matin, tout en veillant à ne pas laisser grimper la température au-delà de 25 °C.
En fin de journée, il est recommandé de refermer le châssis avant le coucher du soleil pour conserver la chaleur nocturne. L’arrosage doit rester limité, deux à trois fois par semaine en fonction des conditions climatiques, et toujours au pied des plants le matin, afin d’éviter une humidité stagnante, propice à la pourriture. Un air renouvelé est également essentiel pour permettre aux insectes pollinisateurs d’entrer et de visiter les fleurs, garantissant ainsi une récolte généreuse.
Les fraises issues de cette culture précoce se distinguent par leur chair ferme et sucrée, bien différentes de celles ayant voyagé sur de longues distances. Des études montrent que les fraises du commerce figurent parmi les fruits les plus chargés en résidus de pesticides, avec jusqu’à 92 % des échantillons contaminés. Les techniques de nettoyage traditionnelles ne peuvent pas toujours éliminer ces résidus, mais des méthodes comme le trempage dans de l’eau tiède avec du sel et du bicarbonate peuvent réduire les traces de pesticides jusqu’à 80 %.
Pour multiplier vos propres récoltes, n’hésitez pas à utiliser les stolons : ces tiges rampantes enracinées peuvent simplement être sectionnées et replantées près du châssis pour obtenir de nouveaux plants de fraisiers. En adoptant ces techniques ancestrales, vous pourrez profiter de fraises savoureuses dès avril, tout en contribuant à une culture plus respectueuse de l’environnement.