Antisémitisme : Emmanuel Macron peut-il accuser LFI sans crainte de poursuites ?

Lors d’une interview accordée à Radio J, Emmanuel Macron a accusé le parti politique La France Insoumise (LFI) d’antisémitisme, soulevant des questions sur la liberté d’expression du président et les conséquences juridiques de ses déclarations. En effet, peut-il s’exprimer sans risquer de poursuites judiciaires pour diffamation ou injure ?

EN BREF

  • Emmanuel Macron accuse LFI d’antisémitisme lors d’une interview.
  • Le président bénéficie d’une protection constitutionnelle contre les poursuites.
  • Les accusations d’antisémitisme sont passibles de sanctions pénales en France.

Dans cette interview diffusée le 15 janvier 2026, le chef de l’État a affirmé : « Je constate que dans les positions qu’ils prennent, en particulier l’antisémitisme, ils contreviennent à des principes fondamentaux de la République. » Cette déclaration a été immédiatement contestée par Jean-Luc Mélenchon, le leader de LFI, qui a exprimé son incapacité à poursuivre le président en diffamation en raison de l’irresponsabilité constitutionnelle dont il bénéficie.

La question qui se pose est : Emmanuel Macron peut-il accuser un parti politique d’un délit tel que l’antisémitisme sans risquer de poursuites judiciaires ? Pour répondre à cette interrogation, nous avons consulté Pierre Égée, professeur de droit public à l’Université de Toulouse Capitole et membre du Club des juristes.

Une parole présidentielle libre mais encadrée

Selon Pierre Égée, la liberté d’expression du président est extrêmement large. Les prises de parole d’Emmanuel Macron durant son mandat sont souvent marquées par des déclarations controversées. Bien que ces propos puissent être perçus comme offensants, ils ne sont pas nécessairement passibles de poursuites judiciaires. Dans ce contexte, les tentatives de poursuites par des gilets jaunes n’ont jamais abouti.

Les accusations d’antisémitisme sont en revanche plus graves, car elles relèvent d’une injure publique, passible de sanctions pénales. En effet, l’antisémitisme en tant que tel peut entraîner jusqu’à six mois d’emprisonnement et 22 500 euros d’amende. Plus sévèrement, inciter à la haine peut aboutir à une peine d’un an de prison et 45 000 euros d’amende.

Les limites de l’immunité présidentielle

Si Emmanuel Macron accuse LFI d’antisémitisme, ce dernier peut contester ces accusations sur la place publique, mais il ne peut pas poursuivre le président. L’article 67 de la Constitution stipule qu’aucune action ne peut être engagée contre le chef de l’État pour des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. Cette irresponsabilité judiciaire est conçue pour garantir le libre exercice de son mandat.

Cette interview survient dans un climat politique tendu, en particulier après la mort du militant identitaire Quentin Deranque à Lyon, un événement qui a secoué le paysage politique français. Emmanuel Macron a repris les arguments du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui a classé LFI à l’extrême gauche dans un contexte électoral. Le président a affirmé que certaines positions de LFI vont à l’encontre des principes républicains et que des expressions antisémite doivent être combattues.

Pour Pierre Égée, la protection constitutionnelle dont bénéficie le président est un gage de la séparation des pouvoirs, et il souligne que cela ne doit pas être interprété comme une licence pour agir sans responsabilité. En effet, il existe des exceptions à cette immunité, comme la procédure de destitution, qui pourrait être engagée pour haute trahison.

LFI a déjà tenté de lancer une procédure de destitution à la fin de l’été 2024, sans succès. Cette tentative faisait suite au refus d’Emmanuel Macron de nommer Lucie Castet, candidate du Nouveau Front Populaire, à la tête du gouvernement. Ce contexte montre que, même si les accusations sont sérieuses, elles sont souvent difficiles à poursuivre sur le plan judiciaire.

En résumé, bien qu’un citoyen puisse théoriquement déposer plainte contre le président pour diffamation, cela ne mènerait probablement à aucune suite, en raison de la protection dont il bénéficie. Selon Pierre Égée, les propos d’Emmanuel Macron ne semblent pas condamnables en eux-mêmes, faisant écho à une décision de justice antérieure qui a relaxé Raphaël Enthoven pour des accusations similaires envers LFI.

Il est important de souligner que l’immunité présidentielle ne s’applique pas à des actes qui ne sont pas liés à ses fonctions. L’exemple de Nicolas Sarkozy, condamné dans l’affaire Bygmalion, illustre ce point. En conclusion, la liberté d’expression du président, bien qu’étendue, doit être balisée par les principes de droit, garantissant ainsi une certaine responsabilité, même dans le cadre de ses fonctions.