Arrivée d’un pétrolier russe à Cuba : un répit dans la crise énergétique

Le mardi 10 octobre 2023, Cuba a accueilli une cargaison tant attendue de pétrole russe. Le pétrolier Anatoly Kolodkin, transportant 730 000 barils de brut, a accosté au port de Matanzas, à l’est de La Havane, à 08h15 heure locale. Cette livraison survient alors que l’île fait face à une crise énergétique exacerbée par un blocus pétrolier américain depuis janvier dernier.

EN BREF

  • Un pétrolier russe livre 730 000 barils de brut à Cuba, première livraison depuis janvier.
  • La Maison Blanche maintient un embargo sur l’île malgré cette livraison.
  • Les Cubains expriment leur soulagement, mais la crise énergétique perdure.

Cette première livraison depuis le 9 janvier représente un soulagement pour les Cubains qui souffrent de coupures d’électricité fréquentes et d’une crise généralisée. La décision de l’administration américaine, sous Donald Trump, de permettre cette livraison, bien que dans un cadre d’embargo, vise à éviter une escalade des tensions avec la Russie tout en offrant un répit à la population de 9,6 millions d’habitants.

Vicente de la O Levy, ministre cubain de l’Énergie et des Mines, a remercié le gouvernement russe via un message sur le réseau social X, qualifiant cette cargaison de « précieuse » dans un contexte énergétique critique. Les témoignages de Cubains présents lors de l’arrivée du navire soulignent l’importance de cette cargaison. Felipe Serrano, un vigile de 76 ans, a déclaré : « C’est fondamental pour que nous puissions subsister, parce que le pays est à l’arrêt. »

La crise énergétique à Cuba est accentuée par plusieurs facteurs. Depuis janvier, l’île ne reçoit plus de pétrole du Venezuela, suite à des sanctions internationales visant le président Nicolas Maduro. De plus, les États-Unis ont menacé tout pays qui oserait approvisionner Cuba, ce qui a conduit le Mexique à interrompre ses livraisons. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a même annoncé un don personnel de 20 000 pesos (environ 1 100 dollars) pour venir en aide à l’île.

Le blocus énergétique, selon Ricardo Herrero, directeur exécutif du Cuba Study Group, vise à pousser La Havane à faire des « concessions réelles » dans les négociations. « La stratégie est de conduire le système au bord du gouffre, mais pas de provoquer un effondrement total ou une catastrophe humanitaire », a-t-il expliqué. Cette approche reflète la volonté des États-Unis de maintenir une pression constante sur le régime cubain.

Donald Trump a renforcé ces derniers mois sa rhétorique à l’encontre de Cuba, affirmant que l’île constitue une « menace exceptionnelle » en raison de ses relations avec des pays comme la Russie, la Chine et l’Iran. Malgré cela, il a déclaré que l’envoi de pétrole à Cuba ne le préoccupait pas, ajoutant que, selon lui, « Cuba est finie » peu importe les livraisons.

Du côté russe, la réaction a été positive. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a souligné que la Russie se devait de soutenir ses « amis cubains ». Cependant, l’expert en énergie Jorge Piñon a averti qu’il faudrait plusieurs dizaines de jours pour raffiner et livrer le pétrole. En fonction des capacités de raffinage, cette cargaison pourrait se traduire par environ 250 000 barils de gazole, suffisant pour couvrir la demande de Cuba pendant environ 12 jours et demi.

Dans ce climat de crise, les Cubains continuent de faire face à des coupures d’électricité récurrentes, ainsi qu’à des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres produits essentiels. Les frustrations croissantes de la population ont même conduit à quelques manifestations isolées. Orlando Ocaña, un retraité de 76 ans, a décrit la cargaison russe comme un « pansement » : « C’est un soulagement, mais pas la solution ».