En moins de 24 heures, deux attaques ont frappé des installations électriques en Allemagne, illustrant la vulnérabilité croissante des réseaux européens. Ces incidents surviennent alors que plusieurs pays renforcent leurs mesures de protection face aux risques de sabotage.
EN BREF
- Deux attaques ont visé des installations électriques en Allemagne.
- Les enquêtes explorent des pistes de sabotage, notamment d’extrême gauche et étrangères.
- Les infrastructures énergétiques sont de plus en plus considérées comme des cibles stratégiques.
Le mode opératoire de ces attaques s’apparente à un scénario de film d’espionnage. Près de Berlin, dans le Brandebourg, des individus non identifiés ont lancé des engins artisanaux vers des lignes à très haute tension. Ces engins, semblables à de petites fusées, transportaient un matériau conducteur destiné à provoquer des courts-circuits. Deux courts-circuits ont effectivement été déclenchés, entraînant l’arrêt temporaire d’une partie de la centrale électrique voisine de Jänschwalde. D’autres engins, qui n’avaient pas atteint leur cible, ont été retrouvés sur les lieux.
Quelques heures plus tard, un second incident s’est produit à environ 600 kilomètres de là, près de Cologne. Un poste électrique a été attaqué, entraînant la déconnexion temporaire de plusieurs unités de centrales. Bien que les systèmes électriques aient résisté aux attaques et qu’aucune coupure massive n’ait été signalée, les autorités allemandes ont décidé d’ouvrir une enquête antiterroriste, considérant ces actes comme des sabotages.
Les forces de l’ordre examinent plusieurs pistes, sans pour autant attribuer ces attaques à la Russie à ce stade. Toutefois, ces événements surviennent dans un contexte de tensions croissantes en Europe, notamment avec des accusations de Berlin concernant des opérations hybrides menées par Moscou. La Russie a démenti ces allégations.
Des infrastructures énergétiques sous surveillance
Les infrastructures énergétiques sont considérées comme des installations sensibles, essentielles au bon fonctionnement de divers secteurs tels que le transport, la santé et les télécommunications. Leur protection totale est un défi, et certains pays européens commencent à prendre des mesures concrètes. En Lituanie, par exemple, le poste électrique d’Alytus a été transformé en une véritable forteresse avec des sacs de sable, des blocs de béton, des barbelés et des protections contre les drones.
Cette vigilance est d’autant plus cruciale depuis que la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont déconnecté leurs réseaux électriques du système contrôlé par la Russie et la Biélorussie en février 2025, optant pour une synchronisation avec le réseau européen. La Lituanie a par ailleurs investi 150 millions d’euros sur cinq ans pour renforcer la résilience de son réseau.
Une menace qui concerne la France
La France n’est pas à l’abri de telles menaces. Avec un réseau de transport d’électricité le plus étendu d’Europe, RTE gère plus de 106 000 kilomètres de lignes à haute et très haute tension. La protection physique de chaque ligne ou pylône est irréaliste. En mai 2025, la France a déjà été touchée par une attaque dans les Alpes-Maritimes, où des pylônes ont été sciés, entraînant une coupure d’électricité pour 160 000 foyers.
Ces incidents ont eu des conséquences tangibles, perturbant les transports, les commerces et les services publics, illustrant ainsi la vulnérabilité du réseau électrique. Avec la montée en puissance des véhicules électriques et des technologies décarbonées, la dépendance à l’électricité s’accroît, transformant le réseau en une infrastructure stratégique.
En parallèle, les gestionnaires de réseaux font face à des cyberattaques croissantes, alors que les installations deviennent de plus en plus numérisées et interconnectées. Pour anticiper ces menaces, la France a prévu un exercice national de gestion de crise pour 2027, centré sur un scénario de « black-out généralisé ». Ces attaques récentes rappellent que déstabiliser un pays ne nécessite pas seulement de frapper des infrastructures majeures. Même de petites attaques peuvent suffire à perturber un réseau électrique et, par conséquent, le quotidien de la population.