Benjamin Brière, ex-otage français, revient sur les défis administratifs auxquels il fait face après avoir passé plus de mille jours en prison en Iran. Sa captivité, qui a débuté dans la nuit du 27 au 28 mai 2020, a laissé des séquelles non seulement personnelles mais aussi administratives. À son retour en France, il découvre avec stupéfaction que l’administration fiscale lui reproche de ne pas avoir déclaré ses revenus pendant sa détention.
EN BREF
- Benjamin Brière, ex-otage, confronté à des problèmes fiscaux à son retour en France.
- Les autorités lui reprochent de ne pas avoir déclaré ses revenus durant sa détention.
- Il milite pour un statut spécifique pour les anciens otages afin de faciliter leur réinsertion.
Libéré en mai 2023 après ce qu’il qualifie de « torture blanche », Benjamin Brière est désormais engagé dans un combat différent : celui de la réinsertion. À peine rentré, il reçoit une convocation du Trésor public. Les agents lui demandent pourquoi il n’a pas déclaré ses revenus depuis quatre ans, ignorant sa situation tragique. « On m’a demandé pourquoi je n’avais rien déclaré depuis quatre ans », se souvient-il, face à une réponse qui le sidère : « même en prison, on fait sa déclaration ». Cette remarque souligne l’incompréhension totale de son vécu par les autorités fiscales.
Au cours de ses rares appels téléphoniques durant sa détention, Benjamin a dû rassurer sa famille et organiser sa survie, loin des préoccupations fiscales. « La première année de détention, je n’ai pas pu dire un mot à ma famille », explique-t-il, rappelant l’absence de communication qui a marqué cette période. Loin de Paris, la machine administrative semble ignorer son existence, continuant de réclamer ses déclarations comme si son silence n’était qu’un simple oubli.
Après sa libération, Benjamin Brière découvre qu’il a disparu des radars de l’administration française. « J’étais radié de partout. Je n’existais plus aux yeux de la Sécurité sociale et de France Travail », confie-t-il. Cette situation le contraint à se battre pour réactiver ses droits, ce qui s’avère compliqué. La bureaucratie le pénalise encore davantage : il n’a pas droit à ses indemnités chômage, car il a tardé à les réclamer. Un parcours du combattant s’installe, multipliant les démarches administratives et les refus.
Ce n’est qu’après l’intervention d’un ministre que la situation commence à se débloquer. Le lendemain de cet appel, Benjamin reçoit la confirmation que ses droits sont réactivés, lui permettant d’accéder à environ 8 000 euros d’indemnités. « Je me sentais un peu honteux d’avoir dû déranger un ministre pour seulement huit mois de chômage à 1 000 euros par mois », admet-il, conscient du contraste entre l’effort déployé pour le faire libérer et la lenteur du système administratif à son retour.
Il souligne également que la libération d’un otage peut entraîner des coûts importants, tels que les billets d’avion ou les soins nécessaires à la reprise d’une vie normale. Pour Benjamin Brière, l’absence d’un cadre juridique adapté pour les anciens otages est un véritable manque. Avec l’association SOS Otages, il plaide pour la création d’un statut spécifique et d’une allocation dédiée, permettant à ceux qui ont vécu une telle épreuve de se reconstruire. « Je ne veux plus que des personnes qui sortent de captivité soient traitées comme des contribuables en retard », insiste-t-il, appelant à un accompagnement réfléchi pour ceux ayant subi des traumatismes.
À travers son combat pour la réinsertion, Benjamin Brière met en lumière les lacunes du système administratif français face à des situations extrêmes. Sa voix, portée par son expérience, pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités et les pratiques, afin que les anciens otages soient enfin entendus et soutenus dans leur cheminement vers une vie plus stable.