Le 20 janvier 2026, au Sénat, Bruno Retailleau, président des Républicains, a présenté un projet de loi visant à combattre ce qu’il qualifie d’« entrisme islamiste ». Ce texte, adopté à une large majorité, s’inscrit dans le cadre de ses ambitions pour la présidentielle de 2027, face à Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, qui prépare un projet gouvernemental jugé plus rigoureux.
EN BREF
- Bruno Retailleau présente un projet de loi contre l’entrisme islamiste au Sénat.
- Laurent Nuñez prépare un texte gouvernemental plus rigoureux sur le même sujet.
- Les deux politiques affichent des visions divergentes sur la lutte contre le séparatisme.
Dans un contexte politique tendu, Bruno Retailleau a profité de la session au Sénat pour faire avancer son projet qui vise à durcir les mesures contre l’entrisme islamiste. Selon lui, cette mouvance, qui se développe discrètement, aurait pour but d’installer un État islamique sur le territoire français. La proposition de loi a été adoptée avec 208 voix pour et 124 contre, malgré l’opposition des partis de gauche et l’abstention de certains membres de la majorité gouvernementale.
Le texte se compose de plusieurs mesures destinées à renforcer la lutte contre l’entrisme, notamment la dissolution d’associations jugées dangereuses, le renforcement des sanctions pour atteinte aux principes de la République, ainsi qu’un contrôle plus strict sur la construction de nouveaux lieux de culte. Ces propositions s’appuient sur un rapport présenté par Retailleau lors de son mandat en tant que ministre de l’Intérieur, qui mettait en évidence l’influence des Frères musulmans en France.
Bruno Retailleau, en affichant clairement son ambition présidentielle, a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un simple coup politique. « J’ai observé six mois de silence pour voir si le gouvernement agissait. Ne rien faire face à cette menace serait irresponsable », a-t-il déclaré.
Toutefois, l’avenir de cette proposition au Parlement semble compromis. En effet, l’Assemblée nationale est actuellement surchargée et ne dispose pas d’une majorité favorable à ce texte. Par ailleurs, Laurent Nuñez, tout en reconnaissant la nécessité d’agir contre l’entrisme, a critiqué la portée de la proposition de Retailleau. Dans une intervention au Sénat, il a évoqué la complexité de définir l’entrisme et a mis en garde contre le risque de stigmatisation des musulmans.
Nuñez a également annoncé qu’un projet de loi gouvernemental serait présenté prochainement, englobant des mesures plus complètes et juridiques. Ce texte sera en cours d’examen par le Conseil d’État avant d’être soumis au Parlement. Le ministre a promis que son projet inclura des mesures contre toutes les formes d’entrisme, ainsi qu’un dispositif pour lutter contre la diffusion de contenus haineux en ligne.
La tension entre les deux hommes politiques est palpable, avec des accusations de temporisation de part et d’autre. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier a exprimé ses craintes quant à une dilution des mesures proposées par le Sénat, tandis que des membres de la gauche ont dénoncé le texte de Retailleau comme « islamophobe » et « liberticide ». Le président du groupe socialiste, Patrick Kanner, a même qualifié ce projet de « tract politique », affirmant que la droite républicaine perdait ses repères en copiant les discours de l’extrême droite.
Alors que la lutte contre l’entrisme islamiste devient un enjeu central du débat public, il apparaît essentiel pour les deux camps de clarifier leurs positions et d’éviter de tomber dans des dérives politiques. Le choix entre une approche plus ferme ou des solutions plus nuancées pourrait bien influencer le paysage politique français dans les mois à venir.