Dans la nuit du 8 au 9 septembre, un incident marquant a eu lieu à la station-service du Super U de La Couronne, en Charente. Le prix du SP98 y a été facturé à 1,24 € au lieu de 2,24 €, provoquant une ruée nocturne à la pompe. Bien que cette erreur ait été rapidement corrigée par le gérant le lendemain, elle souligne les tensions croissantes autour des prix des carburants.
EN BREF
- Les prix des carburants atteignent des records historiques en France.
- Les distributeurs de carburants ont été convoqués par le ministère de l’Économie pour discuter de la situation.
- Les ménages modestes sont particulièrement touchés par cette flambée des prix.
Actuellement, le prix du diesel a atteint une moyenne de 2,29 €, tandis que le SP95 E10 est à 2,12 €. Face à cette situation alarmante, les responsables de grandes enseignes comme Avia, Carrefour, E.Leclerc, Intermarché, Super U et TotalEnergies se sont réunis à Bercy le 9 septembre 2026. Tous ont convenu qu’ils n’avaient jamais vendu leurs carburants à des prix aussi élevés.
Cette crise des carburants a des origines multiples. Le trafic dans le détroit d’Ormuz reste perturbé, entraînant une réduction des volumes de pétrole disponibles. De plus, les attaques ukrainiennes sur des raffineries russes compliquent la situation en détournant la demande vers d’autres filières d’approvisionnement. Avec moins d’offres et des risques accrus, les prix continuent de grimper. Peut-on s’attendre à une rareté des carburants ? Les acteurs du secteur tentent de rassurer en affirmant qu’aucun risque de pénurie n’est à prévoir. Cependant, des stations commencent à afficher des ruptures de stock, bien que Bercy assure que les taux de rupture ne sont pas alarmants.
Les défis ne s’arrêtent pas là. Bien que les prix à la pompe atteignent des sommets, le prix du baril de pétrole ne bat pas de records. Cela soulève des questions sur la formation des prix des carburants. Selon les responsables de Bercy, le coût des produits raffinés est en forte augmentation et semble décorrélé du prix du Brent. Face à cette situation, une enquête a été ouverte pour examiner les marges des raffineurs, qui ont triplé, voire quadruplé, en seulement sept mois.
La question des taxes sur les produits pétroliers se pose également. Actuellement, les accises représentent 30 % du prix à la pompe. Une réduction de ces taxes pourrait offrir un certain répit aux consommateurs. Néanmoins, le gouvernement ne prévoit pas de diminuer ces taxes, invoquant des contraintes sur les finances publiques. Les aides existantes pour les travailleurs modestes et les gros rouleurs seront prolongées, mais aucune nouvelle mesure n’est envisagée. Le gouvernement refuse également de considérer un plafonnement des prix, le qualifiant d’organisateur potentiel de pénuries.
La flambée des prix des carburants a des répercussions sur de nombreux foyers. D’après une étude de l’Insee, plus de 2,2 millions de ménages étaient déjà en 2021 particulièrement exposés, consacrant plus d’un mois de leurs revenus annuels, soit environ 2 700 €, uniquement pour l’achat de carburant. Ces ménages, souvent à faible revenu, parcourent de longues distances pour leurs trajets quotidiens. En 2026, l’Insee estime que 4,7 millions de ménages consacrent désormais plus d’un mois de leurs revenus aux dépenses de carburant, représentant 22 % des ménages possédant une voiture.
La tendance haussière devrait se poursuivre en 2027, en raison de l’entrée en vigueur d’un nouveau marché carbone européen, le système ETS 2, adopté par l’Union européenne en 2023. Ce système impose aux fournisseurs de carburant de payer pour les émissions de CO₂ générées par leurs produits, ce qui se traduira par une augmentation des tarifs à la pompe. Selon une note de l’Institut Montaigne, cette hausse pourrait varier entre 10 et 17 centimes par litre, avec des risques d’augmentations plus sévères en fonction des coûts de production des biocarburants.
La question demeure : les automobilistes pourront-ils supporter cette nouvelle hausse ?