Le 18 février dernier, le groupe Carrefour a annoncé une initiative marquante dans le cadre de son plan stratégique 2030 : la mise en vente de 200 produits à prix coûtant. Cette annonce vise à renforcer la compétitivité de l’enseigne face à des concurrents tels que Leclerc, Lidl ou Aldi. Cependant, ce concept de « prix coûtant » mérite d’être décortiqué.
EN BREF
- Carrefour propose jusqu’à 200 produits à prix coûtant, mais les conditions sont floues.
- La liste contient principalement des premiers prix et des produits peu variés.
- Des comparaisons avec les prix des concurrents révèlent des écarts significatifs.
Lorsqu’il est question de « prix coûtant », il est essentiel de comprendre que cette expression ne signifie pas nécessairement l’absence de marge. En France, la législation impose une marge minimale de 10% sur les produits alimentaires afin de garantir la rentabilité des producteurs. Ainsi, l’opération de Carrefour, bien qu’intitulée « à prix coûtant », implique en réalité une marge minimale, ce qui pourrait prêter à confusion pour le consommateur.
Dans la pratique, l’enseigne a lancé cette opération sur son site le 22 février. Toutefois, plusieurs incohérences ont été relevées. Bien que Carrefour ait initialement promis 200 produits, il a été précisé que l’offre pourrait atteindre « jusqu’à 200 produits », laissant entendre que le nombre réel pourrait être inférieur. Dans certains magasins, le nombre de produits affichés varie de 120 à 180. Par exemple, à Chambourcy, 124 produits sont à prix coûtant, tandis qu’à Portet-sur-Garonne, ce chiffre atteint 176.
Lors d’une vérification réalisée dans le Carrefour de Gennevilliers, seulement 111 produits ont été identifiés comme étant à prix coûtant, ce qui est bien en deçà de l’annonce initiale. De plus, il est à noter que près de 34% de ces produits appartiennent à la gamme des premiers prix, ce qui pourrait ne pas répondre aux attentes des consommateurs en quête de diversité.
En scrutant la composition de cette offre, il apparaît que la sélection est plutôt limitée. Elle se compose majoritairement de légumes surgelés et de produits d’hygiène, avec un Nutri-Score peu reluisant pour certains articles. En effet, 27 produits affichent un Nutri-Score de D ou E, remettant en question la qualité nutritionnelle de l’offre.
Les associations de consommateurs, dont Foodwatch, ont d’ailleurs exprimé des préoccupations concernant la nature des produits proposés. L’absence de fruits et légumes frais, ainsi que le manque d’options pour les bébés, soulèvent des interrogations sur l’engagement réel de Carrefour envers la santé publique.
Un autre aspect à noter concerne le mécanisme de l’opération. Selon le site de Carrefour, les prix annoncés comme « coûtants » ne s’appliquent qu’aux détenteurs de la carte de fidélité, ce qui implique que les réductions ne sont pas immédiates. Cela peut induire en erreur les clients qui s’attendent à des prix affichés directement en caisse. En somme, le prix ne devient « coûtant » qu’après application de la remise fidélité.
Enfin, en comparant ces prix avec ceux des concurrents, il est clair que certains produits sont moins chers chez d’autres enseignes. Par exemple, un pot de fromage blanc Carrefour est affiché à 1,82 euros, tandis que son homologue chez E.Leclerc se vend à 1,79 euros. De même, les prix de certains légumes congelés sont également plus attractifs chez la concurrence.
Ces éléments mettent en lumière la nécessité d’une vigilance accrue lors des opérations commerciales. Les consommateurs doivent continuer à comparer les prix et à s’informer sur les réelles économies pouvant être réalisées, afin d’éviter les pièges marketing qui peuvent parfois se cacher derrière des offres alléchantes.