À 52 ans, Cécile est contrainte de jongler avec les défis d’une vie marquée par un handicap sévère, aggravé par des maladies chroniques. Depuis plusieurs années, elle bénéficie de deux aides essentielles pour subsister : l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et l’allocation de solidarité spécifique (ASS). Cependant, dès janvier 2027, cette situation va radicalement changer pour elle et près de 15 000 autres personnes dans des circonstances similaires.
EN BREF
- À partir de 2027, Cécile va perdre 600 euros d’aide mensuelle.
- Cette perte est due à une réforme de 2017 qui met fin au cumul des aides.
- De nombreuses personnes ne sont pas informées de cette situation à venir.
Actuellement, Cécile perçoit environ 1 600 euros par mois, une combinaison de l’AAH et de l’ASS, à laquelle s’ajoute une aide au logement. Cependant, la loi de finances de 2017 a introduit des changements significatifs, interdisant le cumul de ces aides pour les nouveaux bénéficiaires et repoussant l’échéance pour ceux déjà en situation à 2027. Ainsi, Cécile se retrouve confrontée à une réalité alarmante : elle va passer sous le seuil de pauvreté.
Un choc pour Cécile, qui a découvert cette information lors d’un échange avec sa conseillère de France Travail. « J’étais effarée », a-t-elle déclaré, soulignant la difficulté à obtenir des informations claires concernant sa situation. À partir de fin décembre 2026, les bénéficiaires de l’AAH ne toucheront plus l’ASS, et l’APF France handicap a récemment dénoncé le manque d’information de la part des autorités.
Cécile s’inquiète du sort des personnes qui, comme elle, ne sont pas encore conscientes de cette réforme. « Je pense qu’il y a des gens qui ne le savent pas encore », a-t-elle confié, déplorant le manque d’anticipation de cette situation qui pourrait avoir des répercussions sociales graves. Elle a même changé de région pour bénéficier d’une meilleure prise en charge médicale, sans savoir qu’elle se retrouverait dans une situation financière si précaire.
Cette situation soulève des inquiétudes chez les représentants de l’APF France handicap. Carole Salères a évoqué un « choc émotionnel » imminent pour les personnes concernées, qui verront leur situation financière se détériorer sans possibilité de compenser cette perte par d’autres aides, comme le RSA, qui n’est pas cumulable avec l’AAH. De plus, ces bénéficiaires sont souvent éloignés du marché de l’emploi, ce qui complique encore davantage leur situation.
Cécile se sent désespérée face à l’absence de solutions. « Je n’ai pas de matelas financier, pas de famille pour m’aider, et mes demandes de logement en HLM sont restées sans réponse pendant trois ans », a-t-elle déclaré. L’inquiétude grandit quant à la possibilité de devoir faire face à des difficultés financières insurmontables. « Je pense que dans trois mois, je suis en situation d’endettement », a-t-elle ajouté, angoissée par l’avenir.
En tant qu’ancienne employée et pigiste, Cécile est consciente des défis à venir. Elle l’a fait savoir en calculant ses revenus futurs, se rendant compte que la perte sèche de 600 euros par mois ne pourra pas être compensée par un emploi à temps partiel. « Si je parviens à retravailler, ce serait 10 ou 15 heures par semaine, mais je perdrais 500 euros par mois », a-t-elle précisé, soulignant l’absurdité du système d’aides qui ne favorise pas le retour à l’emploi.
Elle souhaite alerter le gouvernement sur cette situation, mais ses espoirs sont minces. Alors que les prix continuent d’augmenter, Cécile se demande comment elle va faire face à ses obligations financières avec des revenus réduits. L’absence de solutions et de soutien la pousse à envisager des déménagements vers des logements moins chers, mais même cela semble difficile à réaliser dans un marché locatif tendu.
Pour Cécile, cette situation souligne un besoin urgent de réformes dans le système d’aides, afin d’assurer un soutien adéquat aux personnes en situation de handicap. « Je comprends que mes revenus baissent au niveau du SMIC, mais cela reste insuffisant pour vivre dignement », conclut-elle, appelant à une prise de conscience collective sur les conditions de vie des personnes handicapées.