La cheffe de l’opposition taïwanaise, Cheng Li-wun, a entamé ce mardi une visite en Chine, marquant un événement rare après une décennie d’absence. Cette démarche vise à promouvoir un rapprochement entre Taïwan et Pékin, alors que des tensions persistent dans la région, particulièrement en raison des relations tendues entre Taïwan et les États-Unis.
EN BREF
- Cheng Li-wun effectue une visite de six jours en Chine, la première depuis 2016.
- Elle prône un renforcement des liens avec Pékin avant la venue de Donald Trump.
- La cheffe du Kuomintang fait face à des critiques internes liées à sa position pro-chinoise.
Arrivée à l’aéroport de Shanghai en milieu de journée, Cheng Li-wun est la première présidente du parti Kuomintang (KMT) à se rendre en Chine depuis dix ans. Cette visite survient dans un contexte où les États-Unis, principal allié de Taïwan, exercent des pressions pour approuver un plan de vente d’armes d’environ 40 milliards de dollars à l’île, une situation qui suscite l’irritation de Pékin.
Avant son départ, Mme Cheng a exprimé lors d’une conférence de presse son souhait d’éviter une escalade des tensions, affirmant que Taïwan « devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher le déclenchement d’une guerre ». Elle a souligné l’importance de « renforcer la bonne volonté et approfondir la confiance mutuelle » entre Taïwan et la Chine, ajoutant que « préserver la paix, c’est préserver Taïwan ».
Les analystes s’accordent à dire que le président chinois, Xi Jinping, cherche à utiliser cette visite pour renforcer sa position face aux pressions américaines, tout en tentant d’empêcher la finalisation des ventes d’armements à Taïwan. Cheng Li-wun a exprimé son désir de rencontrer Xi Jinping, prouvant ainsi son engagement à dialoguer avec les autorités chinoises.
Le Kuomintang, reconnu pour son approche plus favorable à un rapprochement avec Pékin, a élu Cheng à sa tête en novembre dernier. Toutefois, sa position suscite des critiques au sein de son propre parti, certains membres la jugeant trop pro-chinoise. Malgré cela, elle a manifesté son soutien à une défense solide de Taïwan, sans pour autant se positionner clairement entre Pékin et Washington.
Cette visite de six jours inclura des arrêts à Shanghai, Nankin et Pékin. Mme Cheng a voulu rassurer en qualifiant ce voyage de « entièrement dédié à la paix et à la stabilité des deux côtés du détroit », tout en se distanciant des questions d’approvisionnement militaire.
Il est à noter que les relations entre Taïwan et la Chine se sont détériorées depuis l’élection de Tsai Ing-wen, en 2016, membre du Parti démocrate progressiste (DPP), qui prône une indépendance accrue. Depuis lors, les échanges à haut niveau entre les deux entités ont été rompus, exacerbés par des pressions militaires croissantes de la part de la Chine.
Le moment choisi pour cette visite est particulièrement stratégique, sur fond de tensions croissantes et de vente d’armements par les États-Unis. En décembre dernier, les États-Unis ont approuvé une opération de vente d’armements à Taïwan s’élevant à 11 milliards de dollars, la plus conséquente depuis 2001, ce qui avait provoqué la colère de Pékin.
Cheng Li-wun insiste sur son engagement en faveur d’une défense robuste pour Taïwan, tout en soutenant que l’île ne devrait pas avoir à choisir entre les États-Unis et la Chine. L’invitation de Xi Jinping à rencontrer Cheng montre la volonté de Pékin de voir en elle une alliée potentielle dans ses efforts pour diminuer les liens entre Taïwan et les États-Unis.
Cette visite pourrait ainsi avoir des implications significatives sur les relations futures entre Taïwan et la Chine, tout en impactant la dynamique régionale au moment où les tensions militaires s’intensifient.