Vous avez sûrement déjà accusé le colonel Moutarde, dans la bibliothèque, avec le chandelier. Mais connaissez-vous l’homme derrière ce jeu emblématique ? Anthony Pratt, son créateur, a vécu dans l’ombre, n’ayant même pas été reconnu par son éditeur au fil des ans.
EN BREF
- Anthony Pratt a conçu Cluedo pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Il a vendu les droits du jeu pour 5 000 livres, soit environ 121 000 livres aujourd’hui.
- Malgré le succès mondial de Cluedo, Pratt est resté méconnu jusqu’à sa mort en 1994.
L’histoire d’Anthony Pratt, musicien et inventeur, débute à Birmingham pendant les tumultes de la Seconde Guerre mondiale. Enfermés chez eux durant les bombardements, de nombreux Britanniques trouvaient refuge dans des divertissements inédits, tels que les « murder parties ». Ces événements réunissaient acteurs et clients autour de scénarios de meurtres fictifs dans de grands manoirs. Pratt, passionné de romans policiers, imagine alors un jeu de société permettant de recréer ces soirées chez soi, sans acteurs ni lieux spécifiques.
Avec l’aide de son épouse Elva, il dépose un brevet en 1944 pour son jeu, initialement intitulé « Murder ! ». Ce n’est qu’en février 1945, lors d’une rencontre avec Norman Watson, le dirigeant de l’éditeur Waddingtons, que le jeu prend son nom définitif, Cluedo, une combinaison de « clue » (indice) et de « ludo » (jeux en latin). Le brevet est accordé en 1947, mais des pénuries d’après-guerre retardent la sortie du jeu jusqu’en 1949.
En 1953, Pratt prend la décision difficile de vendre les droits internationaux de Cluedo pour 5 000 livres sterling. Une somme dérisoire au regard du succès que connaîtra le jeu, qui s’écoulera à des millions d’exemplaires à travers le monde. Bien qu’il perçoive des royalties jusqu’à l’expiration de son brevet en 1967, sa situation financière reste précaire.
Ironie du sort, en 1996, Waddingtons célèbre la vente de la 150 millionième copie de Cluedo et lance une enquête pour retrouver le créateur du jeu. Malheureusement, Anthony Pratt, décédé deux ans plus tôt à l’âge de 90 ans, n’a jamais été reconnu comme le génie derrière l’une des franchises de jeux les plus populaires au monde.
Sa fille a finalement remis aux archives de Birmingham, en novembre 2025, des souvenirs et correspondances liées à son père, ainsi qu’une version originale du plateau de jeu. Ce geste constitue un hommage tardif à un homme qui, bien que discret, a laissé une empreinte indélébile dans le monde ludique.
Le manoir du jeu, connu sous le nom de Tudor Mansion, a également traversé plusieurs appellations, selon les éditions. Des noms tels que Tudor Close, Tudor Hall ou encore Boddy Manor ont fait leur apparition. On raconte que l’inspiration pour la conception du manoir proviendrait d’un hôtel de Rottingdean, près de Brighton. Les personnages et les noms des victimes varient aussi d’un pays à l’autre, ajoutant une touche d’universalité au jeu.
En somme, l’histoire d’Anthony Pratt est celle d’un créateur dont le succès a été éclipsé par l’œuvre qu’il a laissée. Le mystère qui entoure son nom pourrait bien être le reflet des énigmes qu’il a lui-même imaginées. Pour les passionnés de jeux de société, cette anecdote illustre à merveille les coulisses souvent méconnues de l’univers ludique.