Le 15 janvier 2024, le tribunal de Bobigny a rendu son verdict dans l’affaire de la mort tragique de Jérémie Cohen, survenue il y a quatre ans. Miguel Dorothée, reconnu coupable de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Cette affaire, qui a suscité une vive émotion et un large écho médiatique, met en lumière les circonstances entourant la mort de cet homme de 31 ans, percuté par un tramway après avoir été victime de violences.
EN BREF
- Miguel Dorothée condamné à 10 ans de réclusion pour avoir causé la mort de Jérémie Cohen.
- La cour a considéré que les violences avaient directement conduit à la fuite de la victime.
- Un second accusé, Kenny A., a écopé de 30 mois de prison, dont 15 avec sursis.
Le drame s’est déroulé dans la nuit du 16 février 2022 à Bobigny. Jérémie Cohen, qui souffrait de troubles psychiques, a été victime de violences répétées de la part de Miguel Dorothée et d’un complice, Kenny A. Ce dernier a été reconnu coupable de violences en réunion et a reçu une peine de 30 mois, dont 15 mois assortis d’un sursis, mais il a pu quitter la cour libre, ayant déjà purgé quatre mois de détention provisoire.
Lors du procès, le président de la cour, Christophe Petiteau, a souligné que les violences subies par Cohen étaient la cause directe de sa fuite. Ce dernier a été percuté par un tramway alors qu’il tentait d’échapper à ses agresseurs. L’avocat général, Théo Lemettre, a précisé que les faits constituaient une « violence particulièrement grave », soulignant que le casier judiciaire de Dorothée ne comportait qu’une condamnation pour un délit routier.
Au cours du procès, Dorothée a reconnu avoir commis des violences, mais a nié qu’elles aient causé la mort de Jérémie Cohen, affirmant que si ces violences n’avaient pas eu lieu, la victime serait toujours en vie. L’accusation a, au contraire, soutenu que la réaction de Cohen face à ces violences était une réponse instinctive à une situation de danger.
La défense de Dorothée a tenté de minimiser la gravité des faits, en faisant valoir que les coups portés à Cohen n’étaient pas visibles sur une vidéo présentée durant le procès. Cette vidéo montrait la deuxième scène de violence ainsi que la collision mortelle, survenue 13 secondes après le dernier coup. L’avocat de Dorothée a plaidé l’acquittement, arguant que son client n’avait pas poursuivi Cohen, mais cherchait simplement à « mettre une correction » à une personne qu’il croyait avoir agressé une femme.
Les avocats de la partie civile ont dénoncé des « violences gratuites » et ont rappelé que la famille de Jérémie Cohen avait dû mener une enquête parallèle pour faire la lumière sur cette affaire, en appelant des témoins et en récupérant des preuves vidéo. Ils ont également souligné que les déclarations des accusés sur le comportement de la victime étaient contradictoires et non corroborées.
Cette affaire, marquée par une médiatisation intense, a également suscité des réactions politiques, notamment de la part d’Éric Zemmour, qui avait été sollicité par la famille Cohen pour attirer l’attention sur le dossier avant les élections présidentielles de 2022.
Alors que la cour a pris en compte l’impact des violences sur la vie de Jérémie Cohen, le verdict a également mis en lumière les conséquences d’un « lynchage doublé d’un effet de groupe ». Le président de la cour a ainsi insisté sur la nécessité de juger les faits dans leur contexte, sans se laisser influencer par le tumulte médiatique.
Cette décision judiciaire marque une étape importante dans une affaire qui a profondément touché l’opinion publique et soulève des questions sur la violence et ses répercussions sur la vie des victimes.