Les tensions croissantes au Moyen-Orient mettent en pĂ©ril des infrastructures cruciales pour l’approvisionnement en eau potable. Les usines de dessalement, vitales pour la survie de millions d’habitants dans la rĂ©gion, subissent des attaques rĂ©currentes qui soulĂšvent des inquiĂ©tudes quant Ă la sĂ©curitĂ© de cette ressource essentielle.
EN BREF
- Des attaques ont endommagé des usines de dessalement au Bahreïn et en Iran.
- Ces installations sont vitales, fournissant de l’eau potable Ă des millions de personnes.
- Les experts craignent des conséquences politiques graves en cas de perturbation majeure.
Le 9 mars, l’ONU a exprimĂ© sa prĂ©occupation face aux frappes rĂ©centes sur des installations stratĂ©giques, notamment des usines de dessalement. StĂ©phane Dujarric, porte-parole du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, a soulignĂ© que l’eau pourrait ĂȘtre la ressource la plus menacĂ©e par le conflit, en particulier dans une rĂ©gion oĂč plus de la moitiĂ© de la population est confrontĂ©e Ă un stress hydrique important.
Franck Galland, spĂ©cialiste des enjeux sĂ©curitaires liĂ©s Ă l’eau, a dĂ©clarĂ© que les attaques sur les infrastructures de dessalement marquent une nouvelle Ă©tape dans le conflit. Au BahreĂŻn, une station de dessalement a Ă©tĂ© touchĂ©e par des drones iraniens, tandis que l’Iran a dĂ©noncĂ© des frappes similaires sur des installations qui affectent l’approvisionnement en eau de 30 villages.
Des frappes iraniennes sur le port de Jebel Ali, prĂšs de DubaĂŻ, ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©es, menaçant l’une des plus grandes usines de dessalement au monde. Isabel Ruck, responsable de la recherche au Centre arabe de recherches et d’Ă©tudes politiques, avertit que ces attaques, bien que pour l’instant contenues, reprĂ©sentent un signal d’alarme fort dans une rĂ©gion dĂ©jĂ aride.
Une dĂ©pendance critique Ă l’eau dessalĂ©e
Plus de 60 % de la population du Moyen-Orient vit dans des zones souffrant d’un stress hydrique aigu. Environ 70 % des activitĂ©s Ă©conomiques se dĂ©roulent Ă©galement dans ces zones. Pour rĂ©pondre Ă cette crise, la rĂ©gion abrite environ 60 % de la capacitĂ© mondiale de dessalement. Les usines situĂ©es autour du golfe Persique et de la mer d’Arabie gĂ©nĂšrent plus de 30 % de l’eau dessalĂ©e mondiale.
Selon l’Institut français des relations internationales (Ifri), les Emirats arabes unis tirent 42 % de leur eau potable des usines de dessalement, tandis que ce chiffre atteint 90 % au KoweĂŻt. Ces usines sont essentielles non seulement pour la consommation humaine, mais aussi pour l’agriculture et l’industrie.
Michael Christopher Low, directeur du centre sur le Moyen-Orient Ă l’universitĂ© de l’Utah, souligne que sans ces installations, des villes comme Doha, Abou Dhabi et DubaĂŻ ne pourraient exister. Actuellement, plus de 400 usines de dessalement fonctionnent dans la rĂ©gion, produisant des centaines de milliers de mĂštres cubes d’eau chaque jour, mais leur fonctionnement entraĂźne des consĂ©quences environnementales, notamment Ă travers l’Ă©mission de gaz Ă effet de serre.
Des menaces persistantes
Historiquement, les usines de dessalement ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© ciblĂ©es pendant des conflits. En 1991, des infrastructures similaires au KoweĂŻt avaient Ă©tĂ© sabotĂ©es par les forces irakiennes. Plus rĂ©cemment, les rebelles houthis du YĂ©men ont attaquĂ© des installations saoudiennes. Les experts avertissent que ces infrastructures sont extrĂȘmement vulnĂ©rables et pourraient subir des attaques directes ou des cyberattaques.
Philippe Bourdeaux, directeur de la zone dĂ©lĂ©guĂ©e Afrique/Moyen-Orient de l’entreprise Veolia, a indiquĂ© que des mesures de sĂ©curitĂ© renforcĂ©es ont Ă©tĂ© mises en place, notamment des batteries de missiles autour des usines les plus importantes. Cependant, les petits Ătats comme BahreĂŻn et le Qatar manquent de ressources suffisantes pour protĂ©ger efficacement leurs installations.
La situation demeure critique. Les experts prévoient que toute attaque sur une usine de dessalement pourrait avoir des conséquences désastreuses, laissant les pays de la péninsule arabique dans une situation désespérée aprÚs quelques jours sans eau. Cela soulÚve des préoccupations non seulement en matiÚre de droit international, mais aussi sur le respect des droits humains fondamentaux.
En conclusion, le conflit au Moyen-Orient, en ciblant des infrastructures aussi vitales que les usines de dessalement, pourrait avoir des rĂ©percussions durables sur la stabilitĂ© rĂ©gionale et la sĂ©curitĂ© des populations. La sĂ©curitĂ© de l’eau, en tant que ressource essentielle, doit devenir une prioritĂ© pour les acteurs rĂ©gionaux et internationaux.